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15/05/2012

La magnifique

Dominique Rolin est morte aujourd'hui. Quel piège, la vie.

15/06/2006

Ligeti

Jeudi 15 juin 2006.

             Il a dit Ligeti est mort et je ne le savais pas.

18/04/2006

Ma vieille catin

Mardi 18 avril 2006.

 

            Tu auras beau te cacher, te faire oublier du reste du monde, disparaître de la conscience humaine, tu n’y échapperas pas parce qu’elle est en toi. Depuis le début, dès l’origine, à la seconde de ta conception, le processus a été lancé, irréversible : n’est-ce pas parfaitement odieux ? Il n’y a nulle-part où fuir, où que tu te caches tu y portes ta mort. Tu la nourris jusqu’à maturité, elle est unique, à ta mesure. Tu voudrais creuser la terre te glisser sous les buissons, te terrer dans le noir où aucun œil ne te dévisagera ni ne t’envisagera, mais sans le savoir tu cours au-devant d’elle, ta petite mort. Tu n’es qu’un sac de peau rempli d’eau et de sang mêlés, et d’os en vrac qui bientôt cadenceront le glas. C’est en toi, c’est en toi, et si tu veux flinguer la mort, flingue-toi toi-même !

            Je veux la voir venir, l’accueillir en boxeuse – mais par cette phrase je la transcende à mon tour. Je ne la verrai pas venir parce qu’elle ne fait qu’une avec moi, je ne l’accueillerai ni ne la regarderai dans les yeux, je ne lui ferai jamais face, il ne s’agira pas d’un duel. Eh bien, je me la coltinerai, ma mort, je veux la sentir, l’éprouver dans tout mon corps. Je ne veux pas d’une mort violente inattendue, je veux savoir que je meurs parce que je veux comprendre. Je veux baiser ma putain de mort, cette vieille catin tapie en moi. Elle est ma mort et aucune autre ne me va, pas une ne me sied sinon la mienne, sa petite gueule blafarde, ses lèvres rouges. Et de la savoir là, en moi, au moment où j’écris ces lignes, me fait crever de rire.

23/11/2005

Vingt-trois novembre

23 novembre 2005.

            Je portais cette jupe si courte, le 23 novembre 2004, et je descendais le côté ensoleillé de la rue. Parfois je fermais les yeux pour savourer les rayons du soleil sur mon visage, et je secouais la tête parce que mes cheveux étaient plus courts depuis quelques jours et je ne m’y habituais pas. J’ai aperçu ce type, assis sur les marches d’un magasin, adossé à une vitrine, la tête renversée en arrière, il n’a pas finit sa nuit et sa nuit, je l’imaginais saturée de vapeurs d’alcool. Il avait remonté la capuche de son sweat blanc. Un homme en voiture s’est arrêté pour me laisser traverser au moment où la compassion pour l’homme assis épuisé me montait au cœur. J’ai minaudé un sourire que le conducteur n’a pas remarqué, occupé à reluquer mes gambettes sous ma jupette. La compassion m’est sortie du cœur et de l’esprit.

            La rue déserte, ensuite, à peine troublée par le remue-ménage des vieilles à la porte du cabinet médical, au loin. Le vent si tiède pour un 23 novembre, et en levant la tête, j’ai aperçu une vieille femme en chemise de nuit ouvrir ses volets. Je l’ai observée longtemps parce que je ne l’avais encore jamais vue, elle me faisait l’effet d’une mère-grand de conte de Grimm, j’aurais dû savoir que le loup rôdait aussi.

            Ce n’est qu’en me retournant pour glisser la clé dans la serrure de la porte d’entrée de mon immeuble que j’ai remarqué l’homme à quelques mètres de moi. C’était l’homme épuisé, mais il n’était plus le même que plus haut. Il avait rejeté sa capuche en arrière, il était bien réveillé, vif, rasé de près, d’allure sportive, et son sweat, son sweat si blanc, immaculé éclatant presqu’aveuglant fulgurant serait le mot juste, je ne l’avais pas entendu derrière moi en descendant la rue du côté ensoleillé, et maintenant il me fixait. J’étais contrariée, j’ai pensé que je devais refermer la porte derrière moi rapidement en entrant, mais je me suis raisonnée parce que je déteste céder à la panique et parce que je suis une vraie petite inconsciente, je suis une boxeuse après tout, ce pourraient être les paroles de la chèvre de Monsieur Seguin, si sûre d’elle qu’elle en est risible, mais je n’en savais rien et j’ai laissé la porte se refermer derrière moi à son rythme.

            Ensuite je me suis tournée vers les boîtes aux lettres, j’ai su qu’il était entré derrière moi parce que la porte ne s’est pas refermée, je me suis retournée tout à fait, la porte a claqué à ce moment là , j’étais seule dans mon entrée d’immeuble face à cet homme de 25 ans silencieux comme seul sait l’être le Diable. Il me fixait comme s’il voulait m’hypnotiser, en approchant doucement, sans un bruit comme s’il glissait au-dessus du sol. Il avançait sa main gauche comme pour me saisir le cou, mais c’est la lame de couteau qui dépassait de son poing droit qui m’a faite hurler. Les chiens de l’immeuble se sont mis à aboyer, il s’est arrêté un quart de seconde, j’en ai profité pour filer vers les escaliers de bois, les marches étrangement empilées comme des cercueils, j’ai hurlé le prénom de l’homme qui vit avec moi, en rajoutant au secours ! pour que l’homme au couteau sache que quelqu’un m’attendait, que je n’étais pas seule.

            Je ne sais pas comment je suis arrivée à mon troisième étage, j’ai volé, je crois, et j’ai dû me glisser par le trou de la serrure pour entrer, parce que j’aurais été incapable de me concentrer pour glisser ma clé dans la serrure.

            Les heures qui ont suivi, l’euphorie de lui avoir échappé, l’orgueil de l’avoir paralysé par mon cri, le temps de fuir. Le soulagement de n’avoir pas été effleurée. Le lendemain, la terreur à l’idée qu’il allait vouloir finir le travail. La certitude que la terreur durerait toute ma vie et l’idée que pour en finir je n’avais plus que le suicide.

10/10/2005

Pas de titre

Lundi 10 septembre 2005.
     Sur la route vers cet enterrement, vers ma petite tante dans son écrin vernis, sur la route, un brouillard en lambeaux, et les silhouettes des arbres découpées dans un carton sombre, pour une séance d’ombres chinoises. Je suis seule avec mes parents, ils semblent m’entraîner dans un monde de carton-pâte, un spectacle peut-être, dont le long défilé derrière le cercueil (déposé sans façon sur un chariot à roulettes) dans les rues (les automobilistes soudain figés à la vue de la boîte claire) de l’église au cimetière, sera le clou. Les quatre hommes sombres aux masques de croque-mort-à-son-affaire, chacun la main sur une poignée d’argent, veillant à contourner les bouches d’égouts et les crevasses de la chaussée. Le cortège informel encore bouffi des sanglots tirés par l’adieu à sa mère de l’une de mes cousines, déjà diverti par la vieille folle proclamant qu’elle ne restera pas la nuit entière. Mon vieux père malgré les lamentations de la vieille contemplant le cercueil de sa sœur déjà enfourné dans le ciment pour l’Eternité, jonché de fleurs aussi blanches, aussi vigoureuses, aussi enivrantes que celles d’une mariée.
     Au cimetière encore, toutes mes petites mortes et mes petits morts en ribambelle, taillée dans un crêpe noir dont la Mort se drape, sous mes yeux en macabre farandole, souliers vernis visages de cire sourires de squelette, toutes mes petites mortes et mes petits morts fanfaronnant encore sous mes yeux alors que je sors du cimetière et que les blablas des retrouvailles étouffent les cris de la folle.
     Quatre verres de Saumur et je les ai sommés de se recoucher chacun dans sa tombe. Ils ont obéit en me présentant leur profil d’enfants punis, enjambant leur cercueil tous les sept d’un même mouvement, claquant leur couvercle malicieusement les uns après les autres, pour un dernier raffut vengeur. Je n’ai pas eu le courage de les revisser, après tout ma huitième petite morte toute fraîche allait avoir besoin de compagnie pour sa première nuit sous terre. Pour elle : Notre Père qui êtes aux Cieux, etc.