18/05/2007
La boxeuse...
14:45 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, flower power
05/01/2007
Marionnette
Vendredi 5 janvier 2007.
Et un soir, après le cours de boxe, traversant les rues, les terrains de tennis et le parking, je n’ose plus respirer tant mon squelette est au bord de la rupture. C’est une drôle d’idée fixe, j’ai peur , en gonflant mes poumons, de trop écarter les côtes, et de provoquer l’effondrement des vertèbres une à une. Peur de n’être plus qu’un sac d’os en vrac, et d’eau mêlée de sang. Les trois mauvais coups pris à quelques secondes d’intervalle ont fait craquer ma nuque. L’adversaire était trop lourd, trop brutal.
Cependant, ce n’est pas la douleur qui m’a touchée de plein fouet : la violence des coups m’a sonnée jusqu’à l’anesthésie. J’ai pris ces trois coups comme une agression, j’ai cru que mon sparring-partner voulait me faire mal. J’ai cherché des raisons à son geste. J’en ai conclu – à l’instant où ma nuque craquait pour la troisième fois, à l’instant où ma tête de linotte lestée du casque partait en arrière, à l’instant où mon point d’inertie semblait vouloir se loger en plein cerveau – qu’il m’en voulait parce que j’étais une femme. La boxe est un univers masculin, c’est l’une des raisons pour laquelle j’en suis tombée amoureuse. Je voulais la pénétrer tout en craignant de fausser son identité par ma simple féminine présence. Sous les traits de ce brutal rival, c’est la boxe elle-même qui m’a punie pour mon outrecuidance.
Il faut désormais expier mon crime. Rentrer d’abord à la façon d’une marionnette aux articulations sommaires, désirer la douche comme si les ablutions pouvaient engendrer l’absolution, étendre la colonne à plat sur le lit, vertèbre par vertèbre, comme s’amuse un enfant avec un collier de perles qu’il n’a pas encore fermé. C’est la nuit la plus longue, mon squelette désarticulé est pris entre le matelas dont je sens la moindre couture, et le drap qui pèse si durement sur chacune de mes articulations. Je souffre même immobile. Je suis la boxeuse après son combat, les membres et les idées éparpillées, fiévreuse et priant pour que rien de grave ne s’ensuive. Disloquée serait le mot juste.
11:50 Publié dans Boxe | Lien permanent | Commentaires (66) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, littérature, flower power
29/12/2006
William Gaddis
Vendredi 29 décembre 2006.
Aujourd’hui c’est mon anniversaire, et je vais vous raconter une histoire sans artifice, pour une fois, en hommage à William Gaddis, dont c’est aussi l’anniversaire – quatre-vingt quatre ans, my God !
Chaque 29 décembre, je porte un toast à sa santé, il est mon William, mon jumeau astral, mon phénoménal écrivain américain. Une année, c’était peut-être en 1995, j’ai découpé sa photo dans Le Monde des Livres, il posait assis dans un jardin, et peut-être voyait-on la mer, au-delà des arbres. Je l’ai placé sur ma table de chevet, je l’ai sacré empereur de mes lectures nocturnes, et pendant des mois il m’a regardée lire et m’endormir, brûlé à petit feu par la chaleur de la lampe de chevet – et la photo jaunissait et rétrécissait, c’était un incroyable portrait vivant de Gaddis, et son teint jaune de vieux coing me faisait rire. Je lisais Les Reconnaissances en lui lançant des clins d’œil pour ses recettes de faussaire merveilleux, et parfois il disparaissait plusieurs jours sous une pile de livre que je devais chahuter ensuite pour le retrouver.
Le 16 décembre 1998, c’était un mercredi, aussi incroyable que cela puisse paraître je m’en souviens parce que j’ai retrouvé la photo de mon William par-terre. Elle était déchirée, mais Dieu merci il ne manquait que l’un de ses pieds et un morceau de paysage. Je l’ai installé sur la glace, et pincé entre le cadre et le miroir, il est devenu le témoin de mes quotidiennes, précises poses de peintures de guerre. Si Gaddis n’avait pas perdu son pied il aurait pu me botter le derrière – write and die if you dare ! – mais il lui manquait ce fameux pied depuis le 16 décembre, je pensais que ce n’était pas grave, du moment que sa belle gueule d’écrivain me regardait toujours, et d’ailleurs
jeudi 17 rien de spécial,
vendredi 18 supplément littéraire du Monde, pas grand chose
samedi 19 mollesse
dimanche 20 paresse.
Lundi 21 décembre 1998, en ouvrant le journal je suis tombée sur une grande photo de l’écrivain, ce n’était pas la même que celle que j’avais découpée des années plus tôt. Elle était sous-titrée L’écrivain William Gaddis est mort mercredi 16 décembre 1998.17:00 Publié dans Orange de Séville | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, flower power
01/12/2006
Sans paroles
Comme j’écoutais dans la voiture ce Trio avec piano n°25 de Haydn, en attendant mon tour à la station service,
un génial metteur en scène invisible, le hasard, a disposé tout autour de moi en quelques secondes, les personnages typiques d’un Buster Keaton. Les deux vieilles commères discutaient au beau milieu de la scène – elles hochaient la tête pour se congratuler de leur bonne santé – gênant ainsi dans leur travail deux géomètres affublés par l’accessoiriste de mètres pliants et de papiers, sur lesquels se dessinait le squelette du garage. Ils comparaient sans cesse leurs résultats et contournaient à peine les deux femmes, prenant presque la mesure de leurs pieds pour les inclure dans leurs calculs. L’employé efflanqué dans son bleu de travail se grattait la tête en courant des géomètres aux deux vieilles qui n‘avaient pas encore réglé leur carburant, puis acquiesçait aux ordres du patron qui voulait satisfaire un client impatient et sa femme revêche.
Il ne manquait plus que la romance et ses yeux charbonneux, ses cheveux mousseux, son teint pâle et sa bouche rouge, si bien que j’ai souri, en descendant de voiture, à l’homme qui attendait derrière moi, pour la perfection de la scène.
10:55 Publié dans Par la fenêtre | Lien permanent | Commentaires (36) | Envoyer cette note | Tags : flower power, journal intime, littérature
27/11/2006
Narcisse
Lundi 27 novembre 2006.
Il a dit ça ne te va pas, de fumer, alors que je ne fume jamais. C’était juste après avoir regardé Millenium Mambo et Shu Qi danser dans la fumée de cigarette avec ce geste de la main pour la chasser. Bien plus tard je me suis assise en tailleur, face au miroir posé par-terre, sous la fenêtre du salon. Je parlais toute seule en pliant la nuque dans tous les sens, parce que depuis quelques jours j’avais les cheveux courts, et je ne m’y habituais pas.
J’ai allumé une cigarette – je repensais à ce garçon en fac – sans oser me regarder dans le miroir avant la troisième bouffée – il disait tu ne fumes pas, tu crapotes – mais à la dérobée de peur de me trouver ridicule – il souriait en plissant les yeux à cause de la fumée. Pour me donner une contenance, je me suis mise à parler anglais face au miroir, détournant mon attention de ma silhouette à cigarette, espérant me faire croire que c’était une étrangère que je voyais fumer à travers une vitre. Comme elle me souriait en plissant les yeux à cause de la fumée, j’avais envie de lui en proposer une autre, mais elle a cité Nietzsche – mon génie se trouve dans mes narines – en recrachant la fumée par le nez.
16:40 Publié dans Flower Power | Lien permanent | Commentaires (28) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, littérature, flower power
13/11/2006
Corps à corps
Lundi 13 novembre 2006.
J'ai trouvé la contrebasse dans sa robe de bois clair, allongée sur la tranche aux pieds du piano. Je me suis assise en face d'elle, scandalisée à l'idée qu'elle puisse être plus féminine que moi - aguicheuse, va ! - mais prenant en douce des leçons de pose. Comme elle m'ignorait encore dix minutes après mon arrivée - blonde, va ! - je l'ai saisie par le chignon pour la redresser sur son unique talon haut.
Elle a laissé aller lascivement son corps contre le mien - allumeuse, va ! - je voulais la faire vibrer à la façon de Riccardo del Fra ou peut-être de Ron Carter, mais je ne savais pas !
16:08 Publié dans Musique, Orange de Séville | Lien permanent | Commentaires (87) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, littérature, musique, flower power
23/10/2006
Fin
Je refusai. J’étais épuisée par les crampes et la chaleur, j’aurais voulu m’allonger de tout mon long sur la terre-battue, pour en éprouver la douceur, pour en savourer l’odeur, pour en tester la saveur. Je me voyais bien vautrée là pour l’éternité, seule, déesse silencieuse dans une léthargie de poussière rouge. Les deux mortels de l’autre côté du filet ne se parlaient plus. Il fallait sans fin renvoyer la balle et sans fin l’entendre rebondir contre les cordes puis sur le court, il fallait sans fin vérifier son empreinte à limite du terrain – out ! – et surtout il fallait sans fin faire semblant d’amorcer un cinglant service, et sans fin changer de côté.
Si je l’avais fait c’était sans y penser, juste à cause de la chaleur, je n’en pouvais plus, obsédée par l’envie d’envoyer valser T-shirt et jupette dont le tissu était trop épais – pour un tombé parfait – et l’idée d’en finir au plus vite. Je n’avais pas imaginé le joyeux chahut du public et l’ovation qui suivraient, mon numéro n’était pas prémédité, quoiqu’en ait pensé mon partenaire en me voyant dégrafer ma jupe et la laisser tomber à mes pieds, dans l’espoir de me sentir plus légère. Dessous, comme à chaque match, j’avais enfilé un micro-short moulant noir, mais le public était resté un moment frappé de stupeur avant d’éclater en tonnerre d’applaudissements, de sifflets, de cris. Il avait fallu saluer à la façon d’une star adulée des foules, et reprendre – en micro-short - le match là où il en était – et ma mère, là-bas, sur le côté gauche, acquiesçait c’est ma fille – avant de le conclure de quelques coups droits croisés bien assénés sous le regard dégoûté de notre rivale malheureuse.
Le peintre a donné son dernier coup de pinceau avant de partir à l’assaut du quatrième étage, et la peinture en séchant a pris une teinte légèrement plus claire. Les co-propriétaires sont satisfaits de l’allure que prend l’immeuble.
16:25 Publié dans Flower Power | Lien permanent | Commentaires (106) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime
20/10/2006
Suite
Je n’avais aucune intention de céder ma place sur ce terrain, à la verticale de la terre flamboyante. Je jouais coups droits et revers à deux mains, comme me l’avait appris Fabrice Santoro. L’empreinte des balles sur le terrain, le son mat des cordages, l’inclinaison des rayons du soleil, la complicité dans le duel : le moment frisait la perfection. Les crampes n’étaient venues que plus tard dans le jeu, si violentes que je ne me risquais pas à m’asseoir, de peur de ne plus savoir me relever. Je brassais de l’air à chaque changement de côté, jusqu’à ce fameux set où il était devenu urgent de compenser mon faible service par un truc infaillible : diviser pour mieux régner.
Avisant la bouteille d’eau vide de mon adversaire masculin, je lui adressai un sourire en lui proposant de la remplir au robinet, à l’extérieur des courts, puisque j’étais forcée de marcher à cause des crampes. Après un coup d’œil à sa partenaire outrée, il me tendit sa bouteille avec mille civilités. Et comme je la lui rendais pleine une seconde avant la reprise, ma rivale insinua que j’y avais peut-être mélangé un somnifère. C’est mon rire enchanté à cette supposition qui mit un terme à leur fragile entente, le mâle optant pour un sourire narquois à l’encontre de sa partenaire en même temps que pour un clin d’œil à mon égard. Nous alignâmes six bons jeux blancs pendant lesquelles les injures ne cessèrent pas entre eux.
Puisqu’aux yeux de mon co-équipier j’étais devenue manipulatrice – et les sourires appuyés de notre viril adversaire à chaque changement de côté, sa façon de me dédier d’un regard chaque gorgée d’eau, prouvaient que ma ruse avait marché – il me pria de donner le coup de grâce.
à suivre...
16:35 Publié dans Flower Power | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, flower power
16/10/2006
A suivre
Comme j’étais attablée sous la fenêtre du salon, le peintre - comme par magie suspendu à mon troisième étage - par la grâce de sa couleur terre-battue qu’il appliquait au pinceau sans jamais tourner les yeux vers moi, a ressuscité les courts de tennis de mes dix-huit ans. Hypnotisée par son geste régulier, je me suis retrouvée soudain plongée dans la touffeur d’un après-midi d’été, sur ce court de terre-battue – je faisais semblant de croire que la terre rouge était la même que celle de mon enfance africaine, je la désignais à mon partenaire de double-mixte, elle me porterait bonheur.
Nous avions déjà gagné quelques matchs dans ce tournoi, et au fur et à mesure des tours passés, le public s’étoffait et s’échauffait. Ma mère, dans l’émotion, me désignait à qui voulait me contempler – c’est ma fille – elle m’avait fait coudre une jupe plissée courte, blanche, à l’anglaise, dans sa conception d’un échange de balles entre aristocrates et jeunes gens de bonne famille. Ma propre conception du tennis tenait des sensations : bruit mat de la balle, glissade sur la terre, mouvement sur le terrain, silence et stupeur alentour. Il suffisait d’être là, exactement où l’exigeait la balle.
Mon service de pacotille menaçait de nous faire perdre, je n’avais jamais voulu le travailler, je l’envoyais poudré d’effets, et l’on me faisait sentir en face, d’un revers catégorique, que la poudre aux yeux à cette étape du tournoi ne suffirait plus à assurer la victoire. Que me restait-il sinon mes armes de fille ?
à suivre...
09:15 Publié dans Flower Power | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, littérature, sport
12/10/2006
Dans la peau de Zeus
Jeudi 12 octobre 2006.
Croisé par hasard une batterie dans une salle déserte. Vérifié que j’étais bien seule. Approché la batterie à pas de velours de peur de l’effrayer. Pas trouvé les baguettes - les batteurs les gardent-ils dans leur poche, leur sac, une trousse, entre les dents à la façon des pirates ? Caressé de mes dix doigts les quatre caisses. Essayé les deux pédales – l’une a claqué les cymbales, et l’autre provoqué des coups de tonnerre. Me suis prise pour Zeus. Tapoté les cuirs tendus à mort. Le tour qu’aurait pu prendre l’expérience si j’avais eu des baguettes. La drôle de chose qu’est une batterie. La drôle de chose qu’est une batterie ! Tourné tout autour pour percer son mystère. Ressortie par la porte, gonflée d’importance : dans la peau de Zeus tout l’après-midi, après les faits.
En fin de journée, j’ai éclaté en violent orage au-dessus de la ville, libérant le feu, l’eau, la lumière.
11:21 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime
