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18/05/2007

La boxeuse...

 

 

 

... hors du ring !

 

 

 

05/01/2007

Marionnette

Vendredi 5 janvier 2007.

            Et un soir, après le cours de boxe, traversant les rues, les terrains de tennis et le parking, je n’ose plus respirer tant mon squelette est au bord de la rupture. C’est une drôle d’idée fixe, j’ai peur , en gonflant mes poumons, de trop écarter les côtes, et de provoquer l’effondrement des vertèbres une à une. Peur de n’être plus qu’un sac d’os en vrac, et d’eau mêlée de sang. Les trois mauvais coups pris à quelques secondes d’intervalle ont fait craquer ma nuque. L’adversaire était trop lourd, trop brutal.

            Cependant, ce n’est pas la douleur qui m’a touchée de plein fouet : la violence des coups m’a sonnée jusqu’à l’anesthésie. J’ai pris ces trois coups comme une agression, j’ai cru que mon sparring-partner voulait me faire mal. J’ai cherché des raisons à son geste. J’en ai conclu – à l’instant où ma nuque craquait pour la troisième fois, à l’instant où ma tête de linotte lestée du casque partait  en arrière, à l’instant où mon point d’inertie semblait vouloir se loger en plein cerveau – qu’il m’en voulait parce que j’étais une femme. La boxe est un univers masculin, c’est l’une des raisons pour laquelle j’en suis tombée amoureuse. Je voulais la pénétrer tout en craignant de fausser son identité par ma simple féminine présence. Sous les traits de ce brutal rival, c’est la boxe elle-même qui m’a punie pour mon outrecuidance.

            Il faut désormais expier mon crime. Rentrer d’abord à la façon d’une marionnette aux articulations sommaires, désirer la douche comme si les ablutions pouvaient engendrer l’absolution, étendre la colonne à plat sur le lit, vertèbre par vertèbre, comme s’amuse un enfant avec un collier de perles qu’il n’a pas encore fermé. C’est la nuit la plus longue, mon squelette désarticulé est pris entre le matelas dont je sens la moindre couture, et le drap qui pèse si durement sur chacune de mes articulations. Je souffre même immobile. Je suis la boxeuse après son combat, les membres et les idées éparpillées, fiévreuse et priant pour que rien de grave ne s’ensuive. Disloquée serait le mot juste.

03/01/2007

Men

Mercredi 3 janvier 2007.

 Un soir j’ai vu Neal Cassady jouer du trombone dans un orchestre de jazz. Peut-être que la solution aurait été de ne pas décapsuler cette Desperados dans la cuisine, afin d’éviter la question comment sont les hommes et tutti quanti. Comment sont les hommes, armés en plein jour, et parfois simplement campés sur leurs deux jambes au coin de la rue, et cela suffit. Un homme dans un corps et cela suffit. La bonde au bout de sa chaîne a glissé du bord jusque dans l’évier, lorsque j’ai fait couler de l’eau : sa façon de tomber en tortillant son lien de fer m’était familière, presque à la façon d’un geste humain qui aurait pu m’attendrir. Comment une bonde peut-elle devenir plus familière qu’un voisin à l’agonie – la voisine a sonné elle m’a dit mon mari va mal je fais des allers-retours à l’hôpital – comme si sa chute dans l’évier était un geste coutumier, peut-être une manie agaçante de vieille fille jouant avec la chaîne autour de son cou ?

Mais j’ai décapsulé la Desperados couleur ambre, la question des hommes a surgi, comment sont les hommes et tutti quanti, et la bonde est tombé dans l’évier dans ce mouvement intime. Plus tard, j’ai rêvé qu’un inconnu voulait faire un footing avec moi et je lui criais je veux courir seule ! Au réveil, je me suis demandée pourquoi je m’étais inscrite à ce concours de création sur Internet si mon désir n’était pas de concourir, mais de courir seule.

Anyway, lecteurs, vous pouvez voter pour mon blog ici, j’ai déjà une voix et c’est la mienne.

29/12/2006

William Gaddis

Vendredi 29 décembre 2006.

 

            Aujourd’hui c’est mon anniversaire, et je vais vous raconter une histoire sans artifice, pour une fois, en hommage à William Gaddis, dont c’est aussi l’anniversaire – quatre-vingt quatre ans, my God !

            Chaque 29 décembre, je porte un toast à sa santé, il est mon William, mon jumeau astral, mon phénoménal écrivain américain. Une année, c’était peut-être en 1995, j’ai découpé sa photo dans Le Monde des Livres, il posait assis dans un jardin, et peut-être voyait-on la mer, au-delà des arbres. Je l’ai placé sur ma table de chevet, je l’ai sacré empereur de mes lectures nocturnes, et pendant des mois il m’a regardée lire et m’endormir, brûlé à petit feu par la chaleur de la lampe de chevet – et la photo jaunissait et rétrécissait, c’était un incroyable portrait vivant de Gaddis, et son teint jaune de vieux coing me faisait rire. Je lisais Les Reconnaissances en lui lançant des clins d’œil pour ses recettes de faussaire merveilleux, et parfois il disparaissait plusieurs jours sous une pile de livre que je devais chahuter ensuite pour le retrouver.

            Le 16 décembre 1998, c’était un mercredi, aussi incroyable que cela puisse paraître je m’en souviens parce que j’ai retrouvé la photo de mon William par-terre. Elle était déchirée, mais Dieu merci il ne manquait que l’un de ses pieds et un morceau de paysage. Je l’ai installé sur la glace, et pincé entre le cadre et le miroir, il est devenu le témoin de mes quotidiennes, précises poses de peintures de guerre. Si Gaddis n’avait pas perdu son pied il aurait pu me botter le derrière – write and die if you dare ! – mais il lui manquait ce fameux pied depuis le 16 décembre, je pensais que ce n’était pas grave, du moment que sa belle gueule d’écrivain me regardait toujours, et d’ailleurs

            jeudi 17 rien de spécial,

            vendredi 18 supplément littéraire du Monde, pas grand chose

            samedi 19 mollesse

            dimanche 20 paresse.

            Lundi 21 décembre 1998, en ouvrant le journal je suis tombée sur une grande photo de l’écrivain, ce n’était pas la même que celle que j’avais découpée des années plus tôt. Elle était sous-titrée L’écrivain William Gaddis est mort mercredi 16 décembre 1998.

01/12/2006

Sans paroles

Vendredi 1er décembre 2006.

          Comme j’écoutais dans la voiture ce Trio avec piano n°25 de Haydn, en attendant mon tour à la station service,

          un génial metteur en scène invisible, le hasard, a disposé tout autour de moi en quelques secondes, les personnages typiques d’un Buster Keaton. Les deux vieilles commères discutaient au beau milieu de la scène – elles hochaient la tête pour se congratuler de leur bonne santé – gênant ainsi dans leur travail deux géomètres affublés par l’accessoiriste de mètres pliants et de papiers, sur lesquels se dessinait le squelette du garage. Ils comparaient sans cesse leurs résultats et contournaient à peine les deux femmes, prenant presque la mesure de leurs pieds pour les inclure dans leurs calculs. L’employé efflanqué dans son bleu de travail se grattait la tête en courant des géomètres aux deux vieilles qui n‘avaient pas encore réglé leur carburant, puis acquiesçait aux ordres du patron qui voulait satisfaire un client impatient et sa femme revêche.

            Il ne manquait plus que la romance et ses yeux charbonneux, ses cheveux mousseux, son teint pâle et sa bouche rouge, si bien que j’ai souri, en descendant de voiture, à l’homme qui attendait derrière moi, pour la perfection de la scène.