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15/05/2012

La magnifique

Dominique Rolin est morte aujourd'hui. Quel piège, la vie.

31/08/2006

Amour toujours

Jeudi 31 août 2006.

            La gueule boursouflée, tuméfiée sous l’œil gauche, fendue comme un fruit trop mûr en plusieurs endroits, si bien qu’on jurerait qu’il a plusieurs bouches cousues à la va-vite sur le visage, de façon aléatoire en long en large et en travers, la peau tendue à craquer sur le bombé du front, l’élocution contrariée par l’inégale répartition des dents sur la mâchoire, et cependant bavard, réclamant sans cesse une tite pièce aux passants saturés d’auto-satisfaction, sidérés d’entendre parler ce gros fruit pourri posé en équilibre sur un amas de chair cuite dans la pisse et la vinasse, oublié au coin de la rue, une mouche pour seule compagne – une mouche pour seule compagne !

            Comme je lui souris pour lui refuser la tite pièce que je n’ai pas, il clame à la ronde que je suis sa chérie d’amour.

19/08/2006

Le Magnifique

Samedi 19 août 2006.

            Le Magnifique du Sénégal s’est incliné – urbain – devant les fleurs d’une jardinière, aux abords de la place, leur a servi la palabre – déférent – avant de se nommer : Je suis le Magnifique du Sénégal. Les soucis couleur de feu contrariés dans leur torpeur prenaient des poses de midinettes méprisantes, et alentour on murmurait le mot fou pour désigner l’homme noir qui parlait aux fleurs. Il s’est nommé une seconde fois en élevant la voix : Je suis le Magnifique du Sénégal, de rage il a décapité trois soucis – et leur couleur de feu semblait dérisoire sous la poigne de l’homme.

13/06/2006

Nietzsche

Mardi 13 juin 2006.

 

            A la banque, ce matin, Friedrich Nietzsche faisait la queue comme tout le monde. Entre lui et moi se tenait un homme noir aux jambes torses. Pendant les trente minutes d’attente, j’ai contemplé la moustache du philosophe, ses yeux lançaient des éclairs, et s’il croisait mon regard, il se tournait tout à fait vers moi, quelques secondes. Il a prévenu la femme au guichet : Je suis louche, avant d’ajouter d’une voix d’outre-tombe je peux même être dangereux, et les glaires ponctuaient ses phrases de roulements de tambours intimidants, alors que me revenait en mémoire cette phrase d’Ecce homo : Je ne parviens pas à être solennel, c’est tout au plus si j’arrive à paraître embarrassé.

15/05/2006

Quid ?

Les murs sont d’un violet pâle. Le sol est à carreaux rouges.

Le bois du lit et les chaises sont jaunes beurre frais, le drap et les oreillers citron vert très clair.

La couverture rouge écarlate. La fenêtre verte.

La table à toilette orangée, la cuvette bleue.

Les portes lilas.

Et c’est tout – rien dans cette chambre à volets clos.

La carrure des meubles doit maintenant encore exprimer le repos inébranlable. Les portraits sur les murs et un miroir et un essuie-mains et quelques vêtements.

Le cadre – comme il n’y a pas de blanc dans le tableau – sera blanc.

(…)

Les ombres et ombres portées sont supprimées, c’est coloré à teintes plates et franches comme les crépons.