27/11/2006
Narcisse
Lundi 27 novembre 2006.
Il a dit ça ne te va pas, de fumer, alors que je ne fume jamais. C’était juste après avoir regardé Millenium Mambo et Shu Qi danser dans la fumée de cigarette avec ce geste de la main pour la chasser. Bien plus tard je me suis assise en tailleur, face au miroir posé par-terre, sous la fenêtre du salon. Je parlais toute seule en pliant la nuque dans tous les sens, parce que depuis quelques jours j’avais les cheveux courts, et je ne m’y habituais pas.
J’ai allumé une cigarette – je repensais à ce garçon en fac – sans oser me regarder dans le miroir avant la troisième bouffée – il disait tu ne fumes pas, tu crapotes – mais à la dérobée de peur de me trouver ridicule – il souriait en plissant les yeux à cause de la fumée. Pour me donner une contenance, je me suis mise à parler anglais face au miroir, détournant mon attention de ma silhouette à cigarette, espérant me faire croire que c’était une étrangère que je voyais fumer à travers une vitre. Comme elle me souriait en plissant les yeux à cause de la fumée, j’avais envie de lui en proposer une autre, mais elle a cité Nietzsche – mon génie se trouve dans mes narines – en recrachant la fumée par le nez.
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23/10/2006
Fin
Je refusai. J’étais épuisée par les crampes et la chaleur, j’aurais voulu m’allonger de tout mon long sur la terre-battue, pour en éprouver la douceur, pour en savourer l’odeur, pour en tester la saveur. Je me voyais bien vautrée là pour l’éternité, seule, déesse silencieuse dans une léthargie de poussière rouge. Les deux mortels de l’autre côté du filet ne se parlaient plus. Il fallait sans fin renvoyer la balle et sans fin l’entendre rebondir contre les cordes puis sur le court, il fallait sans fin vérifier son empreinte à limite du terrain – out ! – et surtout il fallait sans fin faire semblant d’amorcer un cinglant service, et sans fin changer de côté.
Si je l’avais fait c’était sans y penser, juste à cause de la chaleur, je n’en pouvais plus, obsédée par l’envie d’envoyer valser T-shirt et jupette dont le tissu était trop épais – pour un tombé parfait – et l’idée d’en finir au plus vite. Je n’avais pas imaginé le joyeux chahut du public et l’ovation qui suivraient, mon numéro n’était pas prémédité, quoiqu’en ait pensé mon partenaire en me voyant dégrafer ma jupe et la laisser tomber à mes pieds, dans l’espoir de me sentir plus légère. Dessous, comme à chaque match, j’avais enfilé un micro-short moulant noir, mais le public était resté un moment frappé de stupeur avant d’éclater en tonnerre d’applaudissements, de sifflets, de cris. Il avait fallu saluer à la façon d’une star adulée des foules, et reprendre – en micro-short - le match là où il en était – et ma mère, là-bas, sur le côté gauche, acquiesçait c’est ma fille – avant de le conclure de quelques coups droits croisés bien assénés sous le regard dégoûté de notre rivale malheureuse.
Le peintre a donné son dernier coup de pinceau avant de partir à l’assaut du quatrième étage, et la peinture en séchant a pris une teinte légèrement plus claire. Les co-propriétaires sont satisfaits de l’allure que prend l’immeuble.
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20/10/2006
Suite
Je n’avais aucune intention de céder ma place sur ce terrain, à la verticale de la terre flamboyante. Je jouais coups droits et revers à deux mains, comme me l’avait appris Fabrice Santoro. L’empreinte des balles sur le terrain, le son mat des cordages, l’inclinaison des rayons du soleil, la complicité dans le duel : le moment frisait la perfection. Les crampes n’étaient venues que plus tard dans le jeu, si violentes que je ne me risquais pas à m’asseoir, de peur de ne plus savoir me relever. Je brassais de l’air à chaque changement de côté, jusqu’à ce fameux set où il était devenu urgent de compenser mon faible service par un truc infaillible : diviser pour mieux régner.
Avisant la bouteille d’eau vide de mon adversaire masculin, je lui adressai un sourire en lui proposant de la remplir au robinet, à l’extérieur des courts, puisque j’étais forcée de marcher à cause des crampes. Après un coup d’œil à sa partenaire outrée, il me tendit sa bouteille avec mille civilités. Et comme je la lui rendais pleine une seconde avant la reprise, ma rivale insinua que j’y avais peut-être mélangé un somnifère. C’est mon rire enchanté à cette supposition qui mit un terme à leur fragile entente, le mâle optant pour un sourire narquois à l’encontre de sa partenaire en même temps que pour un clin d’œil à mon égard. Nous alignâmes six bons jeux blancs pendant lesquelles les injures ne cessèrent pas entre eux.
Puisqu’aux yeux de mon co-équipier j’étais devenue manipulatrice – et les sourires appuyés de notre viril adversaire à chaque changement de côté, sa façon de me dédier d’un regard chaque gorgée d’eau, prouvaient que ma ruse avait marché – il me pria de donner le coup de grâce.
à suivre...
16:35 Publié dans Flower Power | Lien permanent | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, flower power
16/10/2006
A suivre
Comme j’étais attablée sous la fenêtre du salon, le peintre - comme par magie suspendu à mon troisième étage - par la grâce de sa couleur terre-battue qu’il appliquait au pinceau sans jamais tourner les yeux vers moi, a ressuscité les courts de tennis de mes dix-huit ans. Hypnotisée par son geste régulier, je me suis retrouvée soudain plongée dans la touffeur d’un après-midi d’été, sur ce court de terre-battue – je faisais semblant de croire que la terre rouge était la même que celle de mon enfance africaine, je la désignais à mon partenaire de double-mixte, elle me porterait bonheur.
Nous avions déjà gagné quelques matchs dans ce tournoi, et au fur et à mesure des tours passés, le public s’étoffait et s’échauffait. Ma mère, dans l’émotion, me désignait à qui voulait me contempler – c’est ma fille – elle m’avait fait coudre une jupe plissée courte, blanche, à l’anglaise, dans sa conception d’un échange de balles entre aristocrates et jeunes gens de bonne famille. Ma propre conception du tennis tenait des sensations : bruit mat de la balle, glissade sur la terre, mouvement sur le terrain, silence et stupeur alentour. Il suffisait d’être là, exactement où l’exigeait la balle.
Mon service de pacotille menaçait de nous faire perdre, je n’avais jamais voulu le travailler, je l’envoyais poudré d’effets, et l’on me faisait sentir en face, d’un revers catégorique, que la poudre aux yeux à cette étape du tournoi ne suffirait plus à assurer la victoire. Que me restait-il sinon mes armes de fille ?
à suivre...
09:15 Publié dans Flower Power | Lien permanent | Commentaires (40) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, littérature, sport
27/04/2006
Les robes prétextes
Jeudi 27 avril 2006.
J’ai désigné à la vendeuse – je me souviens de vous, une petite taille, n’est-ce pas ? - dix robes habillées – j’avais acheté un pantalon cinq ans auparavant – elle me les a portées en cabine, et une à une je les ai enfilées. Devant les Ah ! les Oh ! des deux vendeuses, j’ai joué le jeu de la cliente modèle,
évaporée dans la mousseline,
trois pas dans la robe de soie,
une virevolte dans le crêpe georgette,
un soupir de taffetas,
poses de diva dans l’organza,
une moue dans la robe lamée,
et les rouges – les rouges en pâmoison !
J’ai dit je les aime toutes je vais réfléchir, je n’ai pas eu le cran d’avouer c’était juste pour le plaisir, je n’en prends aucune, les deux vendeuses m’ont raccompagnée sur le pas de la porte, avec des gestes de bye bye !, j’ai rit en croisant le facteur.
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20/03/2006
Cruelle
Lundi 20 mars 2006.
Monsieur I., dans son costume taillé à la perfection, me réclame à nouveau ce rendez-vous qu’il attend depuis plus d’un an. Il me fait l’effet d’un prédateur, tellement certain de croquer la gazelle qu’il convoite que son attente est sereine et sa patience infinie. Cependant une pointe de contrariété dans son Pourquoi est-ce si difficile d’obtenir de vous un rendez-vous ?! Comme je lui souris, il m’apprend qu’il a passé des heures délicieuses à m’attendre en vain, l’année dernière. Que chaque seconde était celle où je risquais d’apparaître, et qu’elle en devenait savoureuse. Comme je réitère mon refus, il m’appelle cruelle de lui ôter tout espoir.
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29/12/2005
Questionnaire
Jeudi 29 décembre 2005.
Aujourd'hui c'est mon anniversaire, et ceci est ma centième note. Je vais échapper à la solennité du jour grâce à Pulsar, qui me propose de répondre à ce questionnaire...
7 choses que vous voulez faire avant de mourir
-apprendre à jouer de la contrebasse
-apprendre à jouer de la batterie
-jouer dans une pièce de théâtre --conduire une Harley-Davidson
-écrire un chef-d'oeuvre --retourner en Afrique
-voir New-York
7 choses que vous faites bien
-parler aux inconnus, lier connaissance
-écrire
-faire ma star (sur et hors du ring)
-rien (c'est à dire : je sais très bien ne rien faire)
-le nougat glacé
-emmerder le monde
-les chapeaux
7 choses que vous ne pouvez / savez pas faire
-entretenir la conversation
-écrire
-me vendre
-travailler
-conduire sur l'autoroute
-prendre les choses avec détachement
-maîtriser parfaitement ma "jalousie amoureuse"
7 choses qui vous attirent le plus dans le sexe opposé
-l'intelligence
-le regard vif
-le machisme
-la capacité de création
-la barbe de trois jours
-la nonchalance
-la solitude
7 choses qui vous attirent chez le même sexe
-la singularité
-l'espièglerie
-la vivacité
-le sourire
-les mari/copain/amant/frère/cousin : tout ce monde mâle qui les entoure
-la féminité
-l'épaule
7 choses que vous dites souvent
-tu rigoles ?
-non
-bordel !
-tu vois ce que je veux dire ?
-lalala, sur différents airs selon la chanson que j'ai dans la tête
et comme finalement je parle assez peu, je ne vois plus quoi ajouter...
7 béguins pour des célébrités
-Muhammad Ali
-William Faulkner
-Sean Penn
-tous les musiciens
-Pablo Picasso
-Cristina Branco
-Antonio Lobo Antunes
7 personnes à qui vous allez passer le relais
-All-zebest
-Sios
-Foldezarbr
-Diableauvent
-Mimy la souris
-Raskolnikov
-et Newbie Océan qui va détester ça j'en suis sûre...
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02/12/2005
Noir
Vendredi 2 décembre 2005.
Dans ce café, contre la vitrine comme une poupée à vendre – mais je ne suis pas à vendre – j’attends une vieille amie. Dans la rue, un homme passe, que je connais de vue, je le salue presque tous les jours. Je détourne le regard, parce que je le crois homme à s’émouvoir facilement, et que mes sourires réguliers lui sont peut-être déjà montés à la tête. J’épie sa silhouette dans mon champ de vision, je comprends à son rythme brisé qu’il m’a vue. L’instant d’après il est debout face à moi, hagard – mais Monsieur P. qui est un homme rectifiera plus tard angoissé ? Il ne sait pas s’il doit s’asseoir, s’il me choque, si je vais hurler, m’enfuir. Il a le souffle court, je l’observe, c’est le moment où une héroïne de film noir se cale contre son dossier, allume une cigarette sans ciller, croise les jambes, souffle un long trait de fumée. Elle tient haut sa cigarette entre le majeur et l’index, le geste est nonchalant et pourtant calculé, et alors, et seulement alors, elle susurre à l’homme qui lui fait face ne tombez pas amoureux de moi et à la seconde, l’homme est foudroyé d’amour.
Je ne suis pas cette joueuse, je me contente de calmer le pouls de l’homme, je lui parle de cette interview de lui, dans un vieux journal, de sa vision des choses, il disait le théâtre est une résistance, et je conclus ma sympathie pour vous vient de là. Il parle, et en parlant se dénouent les nœuds de l’angoisse, jusqu’à ce que ma vieille amie arrive enfin, le prenne pour l’un de mes amis et lui claque deux bises sans façon. Je souris, il ne me dit pas au revoir en me quittant, mais merci.
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18/11/2005
Colt
Vendredi 18 novembre 2005.
A huit ans j’étais cow-boy. Pendant plusieurs années j’ai chevauché across the river and into the trees. Sur la tête, un chapeau au vague air de Borsalino. En plein nez et jusque dans la gorge, les crochets violents de vapeurs odorantes. Herbes de marécages, fleurs d’ail, roseaux, piqués dans la trame serrée de mon âme. A la ceinture, mon colt étincelant, ma virilité indiscutable. Indiscutée. Ceux qui en ont douté en sont morts. Entre les jambes, ma monture. Plus noire que celle de Zorro, plus rebondie que celle de Sancho Paça, plus nerveuse qu’un taureau des arènes de Séville, plus mythique qu’une Harley-Davidson.
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23/09/2005
Lucky Pizza
Vendredi 23 septembre 2005.
Le pizzaïolo en tablier blanc me rattrappe sur le seuil de sa boutique jaune pour me mettre dans les mains une boîte de carton brûlante. Cadeau ! annonce-t il d’un sourire farceur. Je l’ai faite en vitesse pendant que vous discutiez avec la patronne et il rit d’être un pizzaïolo plus rapide que son ombre. Tant d’innocent à-propos me fait monter les larmes aux yeux, et lorsque je me régale de la pizza fabuleuse, c’est son geste que je déguste avec le plus de plaisir.
Dieu ne charge une âme que de ce qu’elle est capable de supporter. Mais il ne s’agit pas que de malheur, n’est-ce pas ? Il s’agit aussi du bonheur et de la liberté acceptable par un être. L’extase aux grandes âmes, l’exaltation dans la misère, la frénésie de la liberté. Aux petites âmes les sensations estompées, le carcan du raisonnable, les détresses étriquées.
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