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05/01/2007

Marionnette

Vendredi 5 janvier 2007.

            Et un soir, après le cours de boxe, traversant les rues, les terrains de tennis et le parking, je n’ose plus respirer tant mon squelette est au bord de la rupture. C’est une drôle d’idée fixe, j’ai peur , en gonflant mes poumons, de trop écarter les côtes, et de provoquer l’effondrement des vertèbres une à une. Peur de n’être plus qu’un sac d’os en vrac, et d’eau mêlée de sang. Les trois mauvais coups pris à quelques secondes d’intervalle ont fait craquer ma nuque. L’adversaire était trop lourd, trop brutal.

            Cependant, ce n’est pas la douleur qui m’a touchée de plein fouet : la violence des coups m’a sonnée jusqu’à l’anesthésie. J’ai pris ces trois coups comme une agression, j’ai cru que mon sparring-partner voulait me faire mal. J’ai cherché des raisons à son geste. J’en ai conclu – à l’instant où ma nuque craquait pour la troisième fois, à l’instant où ma tête de linotte lestée du casque partait  en arrière, à l’instant où mon point d’inertie semblait vouloir se loger en plein cerveau – qu’il m’en voulait parce que j’étais une femme. La boxe est un univers masculin, c’est l’une des raisons pour laquelle j’en suis tombée amoureuse. Je voulais la pénétrer tout en craignant de fausser son identité par ma simple féminine présence. Sous les traits de ce brutal rival, c’est la boxe elle-même qui m’a punie pour mon outrecuidance.

            Il faut désormais expier mon crime. Rentrer d’abord à la façon d’une marionnette aux articulations sommaires, désirer la douche comme si les ablutions pouvaient engendrer l’absolution, étendre la colonne à plat sur le lit, vertèbre par vertèbre, comme s’amuse un enfant avec un collier de perles qu’il n’a pas encore fermé. C’est la nuit la plus longue, mon squelette désarticulé est pris entre le matelas dont je sens la moindre couture, et le drap qui pèse si durement sur chacune de mes articulations. Je souffre même immobile. Je suis la boxeuse après son combat, les membres et les idées éparpillées, fiévreuse et priant pour que rien de grave ne s’ensuive. Disloquée serait le mot juste.

03/01/2007

Men

Mercredi 3 janvier 2007.

 Un soir j’ai vu Neal Cassady jouer du trombone dans un orchestre de jazz. Peut-être que la solution aurait été de ne pas décapsuler cette Desperados dans la cuisine, afin d’éviter la question comment sont les hommes et tutti quanti. Comment sont les hommes, armés en plein jour, et parfois simplement campés sur leurs deux jambes au coin de la rue, et cela suffit. Un homme dans un corps et cela suffit. La bonde au bout de sa chaîne a glissé du bord jusque dans l’évier, lorsque j’ai fait couler de l’eau : sa façon de tomber en tortillant son lien de fer m’était familière, presque à la façon d’un geste humain qui aurait pu m’attendrir. Comment une bonde peut-elle devenir plus familière qu’un voisin à l’agonie – la voisine a sonné elle m’a dit mon mari va mal je fais des allers-retours à l’hôpital – comme si sa chute dans l’évier était un geste coutumier, peut-être une manie agaçante de vieille fille jouant avec la chaîne autour de son cou ?

Mais j’ai décapsulé la Desperados couleur ambre, la question des hommes a surgi, comment sont les hommes et tutti quanti, et la bonde est tombé dans l’évier dans ce mouvement intime. Plus tard, j’ai rêvé qu’un inconnu voulait faire un footing avec moi et je lui criais je veux courir seule ! Au réveil, je me suis demandée pourquoi je m’étais inscrite à ce concours de création sur Internet si mon désir n’était pas de concourir, mais de courir seule.

Anyway, lecteurs, vous pouvez voter pour mon blog ici, j’ai déjà une voix et c’est la mienne.