Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/08/2006

Amour toujours

Jeudi 31 août 2006.

            La gueule boursouflée, tuméfiée sous l’œil gauche, fendue comme un fruit trop mûr en plusieurs endroits, si bien qu’on jurerait qu’il a plusieurs bouches cousues à la va-vite sur le visage, de façon aléatoire en long en large et en travers, la peau tendue à craquer sur le bombé du front, l’élocution contrariée par l’inégale répartition des dents sur la mâchoire, et cependant bavard, réclamant sans cesse une tite pièce aux passants saturés d’auto-satisfaction, sidérés d’entendre parler ce gros fruit pourri posé en équilibre sur un amas de chair cuite dans la pisse et la vinasse, oublié au coin de la rue, une mouche pour seule compagne – une mouche pour seule compagne !

            Comme je lui souris pour lui refuser la tite pièce que je n’ai pas, il clame à la ronde que je suis sa chérie d’amour.

28/08/2006

Rouge

Lundi 28 août 2006.

      Quand je ne suis plus bonne à rien, je me jette à la rue, je retourne regarder à travers la vitrine du magasin de perruques. La rouge à frange soupire sur sa pauvre tête de polystirène blanc, alors que je pourrais secouer la tête comme ça pour la faire danser en descendant le côté ensoleillé de la rue - ma tête rouge à frange dans la foule, incognito.

      Mais je redescends brune, le passager d'une Peugeot me crie une phrase aussitôt prononcée aussitôt envolée, à la façon d'une perruque mal ajustée. Il désigne le trottoir derrière moi, comme si j'avais perdu quelque-chose, mais il rit de me voir vérifier la chaussée : c'était mon coeur, je vous l'ai donné, vous l'avez laissé tomber ! Malgré la file de voitures impatientes derrière la Peugeot, je fais mine de ramasser son coeur sur le trottoir, je rougis en le lui tendant avec cérémonie : je vous le rends. Il ne fait pas d'histoire pour le reprendre, mais au contraire m'envoie des baisers à travers les airs.

26/08/2006

Musique en chambre

Samedi 26 août 2006.

  

            Dans la chambre à coucher dix-neuvième, ma polonaise a dit à l’adresse des trois autres musiciennes  Pour le concert, Fleur présentera une histoire de la musique polonaise et annoncera chaque morceau. Elles ont aussitôt attaqué quelques danses à quatre mains, les voix ne sont venues que plus tard – l’une des deux chanteuses tordait sa bouche sous la torture de la prononciation de quatre consonnes à la suite, et ma polonaise, jamais satisfaite, exigeait la perfection, reprenant une à une les syllabes escamotées Je veux te comprendre ! et l’autre chanteuse d’emblée exténuée expliquait à quatre pattes on protège sa voix et chantait de la sorte, excitant le rire de la pianiste dont c’était la chambre à coucher dix-neuvième, avec ses coussins à volants, ses rideaux romantiques et l’alcôve où je m’étais réfugiée pour écouter la musique polonaise post-romantique. Les chanteuses buvaient à long trait une tisane claire voix en s’enquerrant toi aussi tu es musicienne ? et comme je niais elles souriaient sans plus poser de questions, pendant que je notais sous la dictée l’ordre d’exécution des morceaux. J’essayais de déchiffrer les titres des livres sur la table de chevet de la pianiste qui ne voulait pas laisser la chanteuse à quatre pattes ouvrir la fenêtre sans refermer d’abord le corps de son piano. Les titres des livres promettaient justement l’harmonie du corps et de l’esprit alors que j’aurais tellement aimé trouver A la recherche du temps perdu, malgré l’anachronisme, dans cette chambre à coucher dix-neuvième.

25/08/2006

Sans titre

Vendredi 25 août 2006.

      Une fois seule, j'ai enfilé mes gants de boxe, pour tracer un à un les crochets, uppercuts et directs sur le miroir du salon. Je pensais à cette phrase de l'entraîneur pour m'expliquer l'esquive par rotation : C'est une question de sensation. La boxe est sensation, et les boxeurs, quelques-unes des figures christiques qui nourrissent mes extases. Je suis contemplative - mais je pourrais dire paresseuse - observer suffit à mon bonheur.

19:10 Publié dans Boxe | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : Flower Power

19/08/2006

Le Magnifique

Samedi 19 août 2006.

            Le Magnifique du Sénégal s’est incliné – urbain – devant les fleurs d’une jardinière, aux abords de la place, leur a servi la palabre – déférent – avant de se nommer : Je suis le Magnifique du Sénégal. Les soucis couleur de feu contrariés dans leur torpeur prenaient des poses de midinettes méprisantes, et alentour on murmurait le mot fou pour désigner l’homme noir qui parlait aux fleurs. Il s’est nommé une seconde fois en élevant la voix : Je suis le Magnifique du Sénégal, de rage il a décapité trois soucis – et leur couleur de feu semblait dérisoire sous la poigne de l’homme.