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09/06/2006

Impro

Vendredi 9 juin 2006.

          Une gueule de bois de plusieurs jours. Sculptée à la façon des masques africains pendus aux murs des collectionneurs, et dont l’expression varie selon l’éclairage ou peut être selon l’état de l’âme qui les contemple. Après le concert j’ai siroté au comptoir un verre de cidre offert par un parfait inconnu – il a dit à la serveuse en exhibant un billet si ce n’est pas assez, vous complèterez, et comme ce n’était pas assez, il a eu ce geste pour inviter la serveuse à compléter ; my God, tant de désinvolture vis à vis de l’argent, ce n’était déjà plus un parfait inconnu. J’ai siroté le verre de cidre au comptoir avec le troubadour, mais ce n’est pas l’alcool qui m’a donné la gueule de bois, c’est la musique.

          A mon entrée dans la salle de répétition les deux batteries sur la scène déserte m’ont fait de l’œil : deux batteries ça voulait dire deux pouls pour un seul Ensemble, c’était une promesse de tachycardie, un emballement du rythme cardiaque programmé, un infarctus annoncé ! J’ai tout bu, depuis l’arrivée dans l’obscurité des musiciens à la queue leu leu – la lumière des projecteurs s’intensifiait peu à peu, annonçant la couleur, Rocher à la clarinette, et j’ai souri de voir ses chaussures montantes façon boxeur ; Champion à la trompette de cuivre, rose, il dit le son est plus chaud ; Pointard à la batterie, son mouvement swingué de l’épaule gauche ; son acolyte Lavergne (Lavergne ?) jusqu’au cou dans les cymbales, et pour la première fois dans mes oreilles ; le saxophone et le cor (le cor ?), enfin, dont je n’ai pas retenu les noms, shame on me - tout bu, jusqu’à la dernière note, en essayant, à la façon d’un œnophile, de trier mentalement les notes chaudes des froides, les fruitées des boisées, de définir ce cru comme rouge généreux et souple ou tannique et charnu à moins qu’il ne soit corsé et très fin, mais certainement pas blanc et liquoreux, je tiens à sa robe rubis. J’ai tout bu sans respecter la règle de recracher chaque goulée, j’ai contemplé le profil lumineux de la fille assise à deux places de moi, elle rayonnait.

          Une heure plus tard, chez moi, je débouchais le grand cru de 46’07’’ mis en bouteille à Lille, par Rocher, Perraud et Benoît : six morceaux d’improvisation – improvisation, mystère joyeux de la musique ! Dans leurs rythmes graves, si je trouve mon compte de boxe, de vie, de mort, je ressens la frustration de ne pas voir la musique en plein corps, incarnée en chacun d’eux, physiquement, et l’impression de passer ainsi en aveugle à côté de l’une de ses dimensions.

          Anyway ivre encore pour plusieurs jours, ma gueule de bois se porte indifféremment au soleil ou à la lune, elle me convient parfaitement.

15:10 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : Flower Power

Commentaires

Lisiblement vous avez pris une claque Fleur !

Écrit par : MrBlue | 09/06/2006

Whaou... C'est bon de ressentir la musique ainsi... "je trouve mon compte (...) dimensions" scotchée je suis... Vraiment.

Écrit par : sonia | 09/06/2006

Quel bonheur de te retrouver Fleur !
Encore un petit bijou !
Merci de nous emmener avec toi là où tu poses les yeux, les oreilles...

La musique était-elle aussi ennivrante au mariage ?

Écrit par : kti | 09/06/2006

J'aime bien la nouvelle bannière.

L'improvisation c'est très difficile, ça nécessite d'être un excellent musicien. Mais pour celui qui joue c'est également un vrai plaisir, je crois que ce plaisir se transmet dans la musique.
Mais... peut-on vraiment être ivre de musique ? Je ne crois pas, à moins de boire de l'alcool de mauvaise qualité (ça saoûle vite l'alcool bas de gamme).

Écrit par : Lady | 09/06/2006

Vous revoilà...Et bien, c'est sans aucun doute mon retrait social chronique, (moins je sors et mieux je me sens...) qui fait que sans doute que j'ai du mal avec ce texte, trop de monde, trop de stimulis, ( je ne vais plus au concert, le plus rarement possible dans un magasin et quasiment jamais dans la rue.) Je ne VOUS vois pas assez. Pour moi, quand, par deux trois couches de couleur vous vous silhouettez, dans d'autres textes, devinée à peine dans un rouge de peintre impressioniste, pourquoi, mais pourquoi donc, je vois apparaître la femme pleine d'une arrogance tranquille qui toise qui la toise et s'incline sur qui ploie...Vous voulez me montrer içi les artistes, mais je vous cherche des yeux dans l'excitation de la musique et du public, certain que la trouverais embellie dans votre regard. Je ne sais rien de vous que ce que vous avez écris içi ou là, qui peut -être totalement faux comme l'est un roman, cependant, il transparaît dans vos écrits une FIGURE, un emblême féminin, avec ce rien d'anarchisme assumé de celle qui en a bien assez vu pour s'amuser des simagrées et des manières que l'on fait.
Ce qui me plaît dans cette soirée, encore une fois, c'est vous, comme personnage bien sûr, central pour moi.
Vous avez écris ce texte encore îvre-heureuse amie- et vous avez vu juste, rien ne vous sied comme la morgue
légèrement désabusée et la distance d'une douleur qui recèle quelque chose de souverain. Votre écriture jette des feux sombres pour peu qu'un rien de colère et de revolte s'en mêle. Je ne vous demanderai donc plus d'écrire des choses heureuses ainsi que je l'ai fais une fois : le bonheur quand il vous touche n'est qu'à vous seule.
J'ai souffert pour écrire ceci, et en relisant, oui, décidément, je comprends que tout est de ma faute, il y a trop de monde alentour pour que je puisse capter un mystère d'une densité suffisante pour que j'en oublie tout le reste. Il me reste à appuyer sur "envoyer"...Allons-y, confiance...

Écrit par : khoan | 10/06/2006

Khoan, je crois que je saisis ce que vous dites et vous savez, ça me touche que vous me cherchiez, moi, dans chacun de mes textes. Il y a juste un détail dans votre commentaire que je veux relever : le fait de ne pas aller aux concerts. J'ai bien compris pourquoi, c'est une raison suffisante pour ne pas y aller effectivement, mais si le rock, le classique (toujours pas essayé Glenn Gould ?), le rap, la techno, tous les genres de musique ou presque et même le jazz pour être large, peuvent être écoutés chez soi, la musique d'improvisation mérite d'être vue au travers des corps des musiciens, je vous assure, c'est magique, hallucinant, et même "fabuleux" !!

Lady, la musique n'est jamais saôulante ;-), nous sommes d'accord, mais elle me rend ivre, il faut me croire. Quant aux piquettes je n'en bois jamais, je préfère m'abstenir que de boire un mauvais vin. Es-tu musicienne ?

Mr Blue, lisiblement oui !

Sonia, merci...

Kti, la musique au mariage était... différente ! C'est la mariée qui était touchante... Dans un autre texte peut être.

Écrit par : Fleur | 10/06/2006

Cela me rappelle, de loin, le personnage principal d'un navet cinématographique, capable d'accorder son coeur à la rythmique de la musique qu'il écoute. S'il ne décroche pas avant l'arrêt de celle-ci, il fait un arrêt cardiaque.
Comme dirait l'oncle de spiderman:

"Tout pouvoir engendre de grandes responsabilités"

Narrativement parlant, tout pouvoir nécessite un point faible.
Reste à déterminer s'il s'agit de l'alcool ou de la musique, pour vous qui accordez votre écriture à votre sujet.

(cela fait si longtemps que je ne sais si je vous tu toi...)

Écrit par : rasko | 10/06/2006

En fait, j'ai même dejà joué en live. mais maintenant, après les centaines de concerts vus et entendus, je ne cherche plus seulement la musique dans la musique, plus seulement la communion entre les artistes et les spéctateurs. Je suis venu à la techno à cause de la transe, mais je veux plus que la transe, je veux, comme tout le monde, l'extase ! Et pour cela
je m'abrutis de silences variés, de plus en plus !

Écrit par : khoan | 10/06/2006

(Bis)
"Eclatant sourire "; "Portée aux nues"...

Il fit une musique, lisant sa portée aux nues
et l'enthousiasme des cuivres eclate en sourires...

Écrit par : khoan | 10/06/2006

Rasko, contente de vous/te revoir avant la fin juin !! Vous tu toi, tout me va...
Khoan, très fort, ça ressemble à une apothéose...

Écrit par : Fleur | 11/06/2006

Moi aussi, moi aussi ! Je veux boire la musique. Je veux la danser. Je veux qu'elle me danse... Pourquoi si peu de gens savent écrire comme vous et surtout pourquoi ne sont-ils pas plus à vous lire ? Je veux des Fleurs partout dans ma bibliothèque, partout auprès de moi, dans mon sac pour rêver entre deux stations, près de moi pour me rappeler à la vie. Ce qui est formidable, c'est que vos textes ne donnent pas envie de s'enfoncer dans un canapé mais de sauter, de danser, de vivre... mais en restant auparavant un peu devant son écran pour s'imprégner de tout avant. Je vous lis toujours trop vite. C'est l'élan... youpiiiiii !

Écrit par : mimylasouris | 17/06/2006

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