22/05/2006
Dans les poches des hommes
Lundi 22 mai 2006.
Profité du soleil il y a plusieurs jours pour endosser ma panoplie d’espionne, moulée de noir. J’ai choisi la victime au hasard, homme d’âge mûr à la veste jaune - trop foncée pour le beurre frais des chaises de Van Gogh. Je l’ai suivi à une distance raisonnable, fixant ses talons plutôt que son crâne afin que jamais il ne croise mon regard en se retournant.
Il a remonté la plus longue rue de la ville, il slalomait à contre-sens entre les groupes de filles sorties faire du shopping, et parfois il portait la main à sa poche de veste comme pour vérifier si ce qu’il y avait glissé – un papier, une clé d’appartement, de l’argent, une arme, une clé USB, un harmonica, un pilulier, une clé de chambre d’hôtel, un peigne (qu’y a-t il dans les poches des hommes ?)- y était toujours. Il a repéré de loin une jolie femme descendant la rue, je l’ai su à son rythme soudain plus lent, j’ai quitté des yeux ses talons pour inspecter les alentours, je l’ai su aussi à son geste de la main dans ses cheveux, et quelques secondes plus tard, au moment de la croiser, son mouvement de tête vers elle me l’a confirmé. Il a repris ses frénétiques vérifications, et moi ses talons comme point de repère, il a traversé en dehors des clous, en diagonale, je lui ai laissé une bonne longueur d’avance avant de traverser dans les règles, pour corser l’exercice. Je l’ai aperçu de loin couper une rue perpendiculaire avant qu’un bus ne le masque, et comme dans un mauvais thriller, une fois mon champ de vision dégagé, l’homme à la veste jaune s’était évaporé.
J’avais perdu.
18:15 Publié dans The sunny side of the street | Lien permanent | Commentaires (65) | Envoyer cette note
15/05/2006
Quid ?
Les murs sont d’un violet pâle. Le sol est à carreaux rouges.
Le bois du lit et les chaises sont jaunes beurre frais, le drap et les oreillers citron vert très clair.
La couverture rouge écarlate. La fenêtre verte.
La table à toilette orangée, la cuvette bleue.
Les portes lilas.
Et c’est tout – rien dans cette chambre à volets clos.
La carrure des meubles doit maintenant encore exprimer le repos inébranlable. Les portraits sur les murs et un miroir et un essuie-mains et quelques vêtements.
Le cadre – comme il n’y a pas de blanc dans le tableau – sera blanc.(…)
Les ombres et ombres portées sont supprimées, c’est coloré à teintes plates et franches comme les crépons.
10:50 Publié dans Les magnifiques | Lien permanent | Commentaires (42) | Envoyer cette note
12/05/2006
Marie-Antoinette
Vendredi 12 mai 2006.
Ils coupent les arbres de la Ville. Les peupliers espiègles qui rivalisaient de hauteur avec les immeubles de la place ont été débités en tronçons réglementaires puis chargés à la main dans des remorques aux couleurs de la Ville. Décapités à leur tour, les platanes, et suivront les charmes, les merisiers et les érables pourpres. Ils n’épargnent que les bouleaux et les saules pleureurs, je crois y déceler un aveu de névrose. Je rêve d’ébouriffer les pelouses fonctionnaires dont pas un brin ne dépasse, les fleurs déprimées cantonnées aux limites d’une plate-bande rectangulaire.
Je me contente de marcher du côté ensoleillé de la rue, je prends mon air d’aristocrate déchue, les arbres étêtés me rendent le clin d’œil, je ferme les yeux, je suis ailleurs.
11:05 Publié dans The sunny side of the street | Lien permanent | Commentaires (19) | Envoyer cette note
08/05/2006
Click here
Lundi 8 mai 2006.
Sept ans et deux nattes, elle fait du roller dans l’allée bordée d’arbres, elle ne quitte pas des yeux la langue de poussière tirée sous ses roues jusqu’au dernier platane. Elle jugule son excitation afin de ne pas briser son équilibre, et la position de ses bras rappelle celle d’un joueur de guitare flamenca. L’ivresse cependant se lit dans son regard : la vitesse lui donne une illusion de liberté qu’elle savoure avec une gourmandise relevée d’une pointe d’effroi.
Et moi, dégrisée déjà par le monde tel qu'il est, à l’instar de Koan, Mr Blue, Mimy la souris et tant d’autres, je vous invite à cliquer ici.
18:10 Publié dans Les magnifiques | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
02/05/2006
Dégustation
Mardi 2 mai 2006.
Monsieur P., à propos du tableau de l’Annonciation : C’est un mystère joyeux, mais à cet instant Marie pressent la Passion et la Mort de son fils, c’est un coup de poignard en plein cœur. Je retourne à la librairie contempler à nouveau la reproduction, elle n’est plus tout à fait la même.
Plus tard, quelqu’un m’a écrit quand la vie fait sa putain… et je me demande où l’homme puise sa force les jours où la vie fait sa putain.
Quelques semaines plus tôt, j’ai rencontré un écrivain public, je voulais faire le même métier que lui. Il était magicien à mes yeux. Il m’a offert le chocolat qui accompagnait son café et une heure plus tard les neuf numéros de sa revue littéraire, créée en 1999.
Aujourd’hui, je contemple le gris du ciel, je décide de déguster mentalement une poêlée de Saint-Jacques – les jours où la vie fait sa putain, l’homme puise sa force dans son imagination – et je me demande quel vin l’accompagnera. Any suggestions ?
21:20 Publié dans Orange de Séville | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
