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13/04/2006

Boxe

Jeudi 13 avril 2006.

            A ma droite on scandait son prénom – Ma-nu, Ma-nu, tue-le ! - comme s’il pouvait encore prétendre à quoi que ce soit sur ce ring. Il relâchait sa garde – et sans arrêt quelqu’un dans le public le lui rappelait : Ta garde ! – il clignait des yeux pour faire couler la sueur qui lui brouillait la vue, il cherchait à voir plus qu’à se protéger : d’où viendraient les coups et surtout dans quel ordre.

            L’adversaire aux gants rouges les a tous alignés un à un, comme il les attendait, et la voix du père dans le public, si grave, brisée de compassion, a éteint les injonctions alentour : Allez fils, à la façon d’une main paternelle posée juste au-dessus de la nuque de l’enfant désespéré, Allez fils alors que le boxeur tenait encore debout et ne voulait pas savoir à quel point il était mené.

            Au troisième round une serviette blanche est tombée sur le ring aux pieds de l’arbitre éberlué. L’adversaire aux gants rouges roulait encore les épaules en calculant par quel angle envoyer le boxeur au tapis, que déjà l’entraîneur de Manu jaillissait entre les cordes, le doigt pointé vers la serviette blanche toujours au sol puis vers son propre torse, sans un mot à la façon d’un acteur du cinéma muet, sans jamais regarder son boxeur.

            Tout a pris sens soudain, lorsque face au public pétrifié l’arbitre a levé le bras de l’adversaire aux gants rouges pour le désigner vainqueur : pour la première fois de ma vie je venais de voir un entraîneur jeter l’éponge.

17:50 Publié dans Boxe | Lien permanent | Commentaires (11)

Commentaires

La boxe est finalement un sport d'équipe...

Écrit par : KLB's | 14/04/2006

L'a t'il fait par compassion ? Savez-vous ce que siginifient les mots "tue-le, tue-le ?"

Écrit par : koan | 14/04/2006

Klb's, on fait équipe ? Je serai ton soigneur et toi le King-Kleb's, avec peignoir à ton nom.
Koan, le manager de "Smockin'Joe Frazier" dans les années 1970 disait qu'il devait "aimer son boxeur comme son propre fils", sinon on l'envoie au massacre. Compassion ou pas, le boxeur avait à peine 18 ans, et le visage bien abîmé déjà. Quant au "tue-le ! tue-le !", en boxe la violence du public est absolument inouïe, rien à voir avec ce qui se déroule sur le ring.

Écrit par : Fleur | 14/04/2006

J'ai quelques années d'arts martiaux, dont le karaté do shotakan et le viet vo dao tahn long (dragon vert) dans les poings, les jambes, les coudes, les genoux, et même les dents. (il y a des morsures et des pressions de points d'acupuncture insoutenables)...Au contact des "maîtres", je suis devenu de plus en plus non violent. Sans doute d'avoir vu de mes yeux (et dans mes côtes cassées) à quel point la vraie violence est calme et méthodique...Froid dans le dos. Je sais que le public est violent, mais dans nos clubs, surtout les entraînements avec armes, il n'y a pas de public...Je suppose que ce que vous dîtes est vrai, il suffit de voir le foot. Cependant, je retiens pour ma part le mot "art". Je n'accepte "tue-le" de personne.Ni de bush, ni des avinés du dimanche. Le public n'a aucune excuse. Si un membre du public disait ça içi, on le forcerait à combattre. Nous nous entraînons pieds nus sur un terrain de basket par moins vingt pendant des heures. Quand on pose le pied nu sur le sol gelé, la plante du pied se crispe immédiatement en crampe...Et une crampe qui ne doit pas géner un échauffement qui a suffit à démonter l'epaule d'un pratiquant de tae kwondo...
La question est celle-là : si ces efforts n'amenent pas le respect, le goût de la dignité, la droiture, ce ne sont plus des arts martiaux, ce sont les jeux du cirque. On n'est pas là pour faire baver des frustrés qui se plaisent à voir saigner les autres, mais pour trouver en nous les zones
de maîtrise les plus profondes, et respirer au même rythme en combat que pendant une sieste. Ce n'est pas que je ne connaisse pas ce que vous dîtes, c'est que ça me fait honte. Un public digne, ça se merite. On reconnaît l'arbre à ses fruits. Ouss, sensei.

Écrit par : koan | 14/04/2006

A fleur.
Nous voulons nous sentir nu aux mains des éléments; pour entrer plus avant dans l'être. Dans les grands éléments
sauvages comme la mer. Nous voulons approcher la mort pour l'anticiper et cette curiosité de toiser la nuit inconnue
nous pousse au combat. Nous voulons toujours voir ce qu'il y a après. Si au delà d'un certain seuil nous pouvons perseverer dans l'être, c'est à dire dans la VOLONTE.
Me suivez-vous ? J'essaie de vous cerner à travers vos textes. Vous n'êtes pas violente, vous voulez être en prise.
Vous voulez être dans tous les recoins d'une action à la fois. Vous voulez de l'intensité.. Un jour, henri Michaux part pour un pays sauvage. Il vit toute une aventure, avec un coeur faible , et parvient, en Amérique du sud, au bord du cratere d'un volcan. Et il voit une pauvre touffe d'herbe. Dans son courrier à Jean Paulhan il écrira: " Qu'est-ce que c'est que cette vallée riante ? Nous voulons du volcan !"
A vue de nez, cette sortie vous parle, est-ce que je me trompe ?

Écrit par : koan | 14/04/2006

Koan, moi-même je ne me cerne pas, mes réactions sont toujours inattendues à mes propres yeux, ce qui est à la fois épuisant et excitant. Un psychiatre a dit à mes parents que j’étais insaisissable, et je m’en suis fait une raison. Dans la boxe, ce qui me touche, ce sont les boxeurs eux-même, leur courage et leur sens de l’honneur (absolument dérisoires dans ce monde qui ne comprend rien au sacré), cette contradiction que l’on décèle en eux, le désir de gloire, et l’humilité nécessaire à l’apprentissage, l’ivresse et le sang-froid. Je les aime pour la seconde où ils posent le pied sur le ring pour livrer un combat. Je suis sans doute hypnotisée par la boxe d’autrefois, celle de Georges Carpentier, de Muhammad Ali, mais c’est comme ça. « On n’est pas là pour faire baver les frustrés », mais aucun boxeur ne boxe pour le public. Les arts martiaux me touchent moins, mais je comprends ce que vous en dites. Ce n’est pas le même monde.
Quant au volcan d’Henri Michaux, à vue de nez cette phrase me plaît, j’ai de la sympathie pour un homme qui réagit de la sorte, mais je suis plus touchée par l’inattendu, et j’aurais jubilé face à cette touffe d’herbe, je l’aurais sacralisée au contraire, ce qui est tout aussi primaire. Cela vous éclaire-t il ?

Écrit par : Fleur | 15/04/2006

Adjugé, chère reine. Je cherchais la bagarre...Cela ne m'eclaire pas , cela me confirme que vous êtes une personne profonde avec laquelle il fait bon discuter. Je ne suis pas éclairé, mais rassuré. j'ai eu peur que vous ne fussiez que banalement violente. Si vous l'êtes, ce n'est donc pas de façon banal. Si vous l'acceptez, nous pourrons recauser du sacré. Je jette un pétale sur le ring, et non point une eponge...
Mon pire ring mais non le seul fût la seule fois où je suis passé à l'ANPE. Je crois qu'on a evité une tuerie de justesse.
Le nenette m'avait répondu "vous n'avez aucun droit, vous n'avez que des devoirs". Mais elle a senti l'air se deplacer dans le bureau, et elle est sortie à la hâte. Pfuu...
Honnêtement, sincerement, je suis heureux pour vous de vous ressavoir sur le ring. L'entraîneur doit être clairvoyant...Pardonné ?

Écrit par : koan | 15/04/2006

Le public veut du sang alors que les boxeurs cherchent simplement la reconaissance.

Écrit par : Cadichon | 15/04/2006

Pan. j'ai remis ça. Boxe verbale. krikitu.

Écrit par : koan | 17/04/2006

Se méfier des gens qui portent des gants rouges...

Écrit par : Pulsar | 17/04/2006

Tu ne crois pas si bien dire, Pulsar !

Écrit par : Fleur | 18/04/2006

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