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23/11/2005

Vingt-trois novembre

23 novembre 2005.

            Je portais cette jupe si courte, le 23 novembre 2004, et je descendais le côté ensoleillé de la rue. Parfois je fermais les yeux pour savourer les rayons du soleil sur mon visage, et je secouais la tête parce que mes cheveux étaient plus courts depuis quelques jours et je ne m’y habituais pas. J’ai aperçu ce type, assis sur les marches d’un magasin, adossé à une vitrine, la tête renversée en arrière, il n’a pas finit sa nuit et sa nuit, je l’imaginais saturée de vapeurs d’alcool. Il avait remonté la capuche de son sweat blanc. Un homme en voiture s’est arrêté pour me laisser traverser au moment où la compassion pour l’homme assis épuisé me montait au cœur. J’ai minaudé un sourire que le conducteur n’a pas remarqué, occupé à reluquer mes gambettes sous ma jupette. La compassion m’est sortie du cœur et de l’esprit.

            La rue déserte, ensuite, à peine troublée par le remue-ménage des vieilles à la porte du cabinet médical, au loin. Le vent si tiède pour un 23 novembre, et en levant la tête, j’ai aperçu une vieille femme en chemise de nuit ouvrir ses volets. Je l’ai observée longtemps parce que je ne l’avais encore jamais vue, elle me faisait l’effet d’une mère-grand de conte de Grimm, j’aurais dû savoir que le loup rôdait aussi.

            Ce n’est qu’en me retournant pour glisser la clé dans la serrure de la porte d’entrée de mon immeuble que j’ai remarqué l’homme à quelques mètres de moi. C’était l’homme épuisé, mais il n’était plus le même que plus haut. Il avait rejeté sa capuche en arrière, il était bien réveillé, vif, rasé de près, d’allure sportive, et son sweat, son sweat si blanc, immaculé éclatant presqu’aveuglant fulgurant serait le mot juste, je ne l’avais pas entendu derrière moi en descendant la rue du côté ensoleillé, et maintenant il me fixait. J’étais contrariée, j’ai pensé que je devais refermer la porte derrière moi rapidement en entrant, mais je me suis raisonnée parce que je déteste céder à la panique et parce que je suis une vraie petite inconsciente, je suis une boxeuse après tout, ce pourraient être les paroles de la chèvre de Monsieur Seguin, si sûre d’elle qu’elle en est risible, mais je n’en savais rien et j’ai laissé la porte se refermer derrière moi à son rythme.

            Ensuite je me suis tournée vers les boîtes aux lettres, j’ai su qu’il était entré derrière moi parce que la porte ne s’est pas refermée, je me suis retournée tout à fait, la porte a claqué à ce moment là , j’étais seule dans mon entrée d’immeuble face à cet homme de 25 ans silencieux comme seul sait l’être le Diable. Il me fixait comme s’il voulait m’hypnotiser, en approchant doucement, sans un bruit comme s’il glissait au-dessus du sol. Il avançait sa main gauche comme pour me saisir le cou, mais c’est la lame de couteau qui dépassait de son poing droit qui m’a faite hurler. Les chiens de l’immeuble se sont mis à aboyer, il s’est arrêté un quart de seconde, j’en ai profité pour filer vers les escaliers de bois, les marches étrangement empilées comme des cercueils, j’ai hurlé le prénom de l’homme qui vit avec moi, en rajoutant au secours ! pour que l’homme au couteau sache que quelqu’un m’attendait, que je n’étais pas seule.

            Je ne sais pas comment je suis arrivée à mon troisième étage, j’ai volé, je crois, et j’ai dû me glisser par le trou de la serrure pour entrer, parce que j’aurais été incapable de me concentrer pour glisser ma clé dans la serrure.

            Les heures qui ont suivi, l’euphorie de lui avoir échappé, l’orgueil de l’avoir paralysé par mon cri, le temps de fuir. Le soulagement de n’avoir pas été effleurée. Le lendemain, la terreur à l’idée qu’il allait vouloir finir le travail. La certitude que la terreur durerait toute ma vie et l’idée que pour en finir je n’avais plus que le suicide.

Commentaires

... j'en perds les doigts.
Très heureuse que tu cours vite et que tu aies changé d'idée.

Écrit par : Alinoee | 23/11/2005

le vrai courage c'est de fuir tant qu'on en à le temps... heureusement que vous êtes sportive... heureusement.

Écrit par : sios | 23/11/2005

l'art du portrait mêlé à celui du supsense...
un savoureux coktaïl littéraire.

Écrit par : j | 23/11/2005

Pulsar tu vas me faire mourir de rire, ce qui est plus agréable que de se faire trancher la gorge

Écrit par : Fleur | 23/11/2005

Pouf
sur le tatami on nous enseigne que la première chose à faire est l'esquive..
Ce que tu nous a remarquablement décrit là...
Esquivons donc autant que possible

Écrit par : Toc | 23/11/2005

Toc : Ju Jitsu ?

Écrit par : sios | 23/11/2005

La mort par gorge déployée est en effet préférable à celle par gorge tranchée...

[Fleur, si tu ne corriges pas celle vilaine faute d'orthographe dans mon précédent commentaire, c'est moi qui vais mourir, de honte.]

Écrit par : Pulsar | 24/11/2005

Mais il n'y a pas de faute, Pulsar ;-)
J'aimais bien, ça me rappelait ce coup que je n'ai pas porté...

Écrit par : Fleur | 24/11/2005

E-bisou dans le cou.

Écrit par : Pulsar | 24/11/2005

Les commentaires sont fermés.