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30/10/2005

Jazzoo project

Dimanche 30 octobre 2005.

     L’homme qui vit avec moi m’accompagne à ce Jazzoo project, et ce détail est de taille. Dans les entrailles du cabaret, un moustachu, une bière à la main, perd une pièce de monnaie en rejoignant sa table, voisine de la nôtre. Comme nous faisons mine de la chercher, il nous supplie de laisser tomber : ça n’a aucune importance.
     Anyway, le concert va commencer, et c’est mon petit plaisir d’observer les musiciens arriver sur scène, de la même façon que je ne raterai pour rien au monde la montée des boxeurs sur le ring avant un combat. On reconnaît le pianiste à sa façon de traverser la scène, le clarinettiste (doublé d’un saxophoniste) à son regard sur le public, le trompettiste à sa décontraction, le batteur à sa discrétion, le saxophoniste à son instrument et le contrebassiste,
     eh bien le contrebassiste c’est Riccardo del Fra !
     Et le contrebassiste c’est d’abord Elle. La Marseillaise de 1914, à la robe couleur vieux whisky, tannée comme un cuir vieilli, sombre et mate comme une fille du Sud, ensorcelante avant même d’avoir fait entendre le son de sa voix : la contrebasse. Riccardo del Fra enlace le corps de son double, une partenaire à sa mesure, dont il entend bien tirer tous les plaisirs possibles.
     Jazzoo project, ça bouillonne et ça fusionne, c’est un laboratoire ambulant d’où s’échappent des vapeurs d’alcool, où les tubes à essai débordent de potions, breuvages et mixtures en ébullition. L’effervescence des musiciens, à l’évidence heureux d’être là, me gagne en quelques mesures. L’allégresse est contagieuse, et avant la fin du set une fille en transe flirtera avec les frontières de la scène, comme hypnotisée, agitée des soubresauts de l’envoûtement. Les visions que Riccardo suggère plus qu’il n’impose, vibrent de chaleur humaine, de rencontres entre roses and roots, et c’est le moment que choisit la pièce de vingt centimes du moustachu à la bière pour se manifester à moi sous la forme d’un éclair : je la ramasse et la lui rend, il rit : Dieu vous le rendra dit il, mais je sais que Dieu me l’a déjà rendue au millionième depuis le début du concert, je suis riche de sensations ce soir, et je ne doute pas une seconde que le trio – piano, Bruno Ruder /contrebasse / trompette, Sylvain Gontard – ne soit un cadeau divin dans sa tendresse et sa perfection. J’en pleure de joie et d’émotion, mes larmes sur la table du cabaret étincellent, mais ce n’est que plus tard, après le stupéfiant solo (à la manière d’une drogue) de Riccardo, que j’ai cette révélation : je veux l’ivresse moi aussi, et moi aussi je veux jouer de la contrebasse.
Après avoir joui sous nos yeux, et après nous avoir fait jouir avec maestria, avec tout ce que cela suppose de puissance, de douceur, de tact d’amour d’humour d’espièglerie de maîtrise dans le tempo, comment peuvent ils quitter la scène et nous abandonner ainsi, encore haletants de plaisir ? ! C’est purement scandaleux, ahurissant, assassin, mais ils le font. Ils disparaissent et dans la salle, les verres de bières vides sont au garde à vous, imbéciles.

23:05 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (17)

Commentaires

Cette bande de Jazzoo a alléché mes oreilles. Me reste plus qu'à écouter en vrai... Va falloir que j'apprenne à décoller de mes vieux standards !

Écrit par : Alinoee | 31/10/2005

c'est toujours un plaisir de vous lire Fleur, encore plus aujourd'hui... merci pour ça.

Écrit par : sios | 31/10/2005

Il y a donc au moins vous deux sur la blogosphère, en ce long week-end !! Merci, et oui, écoutez Riccardo del Fra, "Roses and roots"...

Écrit par : Fleur | 31/10/2005

Ca commence gentiment et patatras, ça dérape à nouveau dans le dernier paragraphe... ;-p

J'aime bcp ton "ce détail est de taille"...

Écrit par : Obsédé | 31/10/2005

Je suis manifestement dépassée par mes puls...ions, l'obsédé !

Écrit par : Fleur | 31/10/2005

Comme tu as (dé)raison...

Écrit par : Pulsar | 01/11/2005

Oh le Jazz est sans doute l'arme la plus proche de la littérature. Combien je crache sur le cancre que j'étais à douze ans : renvoyé de son école de musique ! La nique aux institutions, belle gloire ! Mais au total, un pianiste du dimanche.

Écrit par : Newbie Ocean | 02/11/2005

Désolée pour toi, Newbie... Je suis comme toi : je ne peux qu'écouter ! La musique me paraît plus "directe" que la littérature en général. Mais Pulsar nous dira sans doute qu'à ses yeux la peinture (le dessin) l'est plus encore...

Écrit par : Fleur | 02/11/2005

Eh bien non Fleur, je dois avouer qu'un bon concert me donne davantage de frissons qu'une belle toile...

Écrit par : Pulsar | 02/11/2005

Tiens, tu me rends perplexe ! Ca change toute ma vision de toi ;))

Écrit par : Fleur | 02/11/2005

Comment dit-on "désolé de te rendre perplexe" dans le langage des Fleurs??

Écrit par : Pulsar | 03/11/2005

Cinq tulipes rouges, quelques roses anciennes, une giroflée, une branche de frézia, quelques primevères et un coquelicot, merci Pulsar, tu peux me les faire livrer en 24 heures.

Écrit par : Fleur | 04/11/2005

Un langage bien subtil! Enfin bon, ça y est: le message a été expédié à :

Mlle Dorcas
Fleur / Ring
29 000 Brest
France

;-p

Fleur, ton commentaire m'a rappelé une anecdote dont j'ai été "victime" il y a quelques années: un soir alors que je passais depuis ma couette un coup de fil pour souhaiter une bonne nuit à ma copine de l'époque qui vivait à l'autre bout de Paris, j'ai eu le malheur de lui dire que j'aurais été bien mieux dans ses bras et que mon envie de me glisser dans un taxi pour la rejoindre étant grande - un peu sur le ton de la plaisanterie, car j'étais crevé et n'avais qu'une envie: dormir.
Deux minutes après avoir raccroché, et alors que j'avais déjà éteint la lumière pour rejoindre le bras de Morphée, mon téléphone sonna: c'était ma copine.

"Lève-toi! Habille-toi! Un taxi t'attend en bas de chez toi dans dix minutes!"

...

Écrit par : Pulsar | 06/11/2005

Ahahah, Pulsar tu as googlé à mort ce week-end, et cependant ça m'étonnerait fort que tes fleurs ne m'arrivent !! (dommage)
Quant à ton anecdote, que cela te serve de leçon : on ne ment pas à une fille, une fille croit toujours ce qu'on lui dit. Et tu as sauté dans le taxi ????

Écrit par : Fleur | 07/11/2005

1) Alors, Google a-t-il visé juste?

2) C'est l'intention qui compte, comme on dit, pas vrai?

3) Ben, j'avais pas trop le choix en fait...

Écrit par : Pulsar | 07/11/2005

C'est cette nuit là que tu l'as "larguée" ??

Écrit par : Fleur | 07/11/2005

Ben non, j'ai sauté dans le carosse... ;-p

Écrit par : Pulsar | 08/11/2005

Les commentaires sont fermés.