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10/10/2005

Pas de titre

Lundi 10 septembre 2005.
     Sur la route vers cet enterrement, vers ma petite tante dans son écrin vernis, sur la route, un brouillard en lambeaux, et les silhouettes des arbres découpées dans un carton sombre, pour une séance d’ombres chinoises. Je suis seule avec mes parents, ils semblent m’entraîner dans un monde de carton-pâte, un spectacle peut-être, dont le long défilé derrière le cercueil (déposé sans façon sur un chariot à roulettes) dans les rues (les automobilistes soudain figés à la vue de la boîte claire) de l’église au cimetière, sera le clou. Les quatre hommes sombres aux masques de croque-mort-à-son-affaire, chacun la main sur une poignée d’argent, veillant à contourner les bouches d’égouts et les crevasses de la chaussée. Le cortège informel encore bouffi des sanglots tirés par l’adieu à sa mère de l’une de mes cousines, déjà diverti par la vieille folle proclamant qu’elle ne restera pas la nuit entière. Mon vieux père malgré les lamentations de la vieille contemplant le cercueil de sa sœur déjà enfourné dans le ciment pour l’Eternité, jonché de fleurs aussi blanches, aussi vigoureuses, aussi enivrantes que celles d’une mariée.
     Au cimetière encore, toutes mes petites mortes et mes petits morts en ribambelle, taillée dans un crêpe noir dont la Mort se drape, sous mes yeux en macabre farandole, souliers vernis visages de cire sourires de squelette, toutes mes petites mortes et mes petits morts fanfaronnant encore sous mes yeux alors que je sors du cimetière et que les blablas des retrouvailles étouffent les cris de la folle.
     Quatre verres de Saumur et je les ai sommés de se recoucher chacun dans sa tombe. Ils ont obéit en me présentant leur profil d’enfants punis, enjambant leur cercueil tous les sept d’un même mouvement, claquant leur couvercle malicieusement les uns après les autres, pour un dernier raffut vengeur. Je n’ai pas eu le courage de les revisser, après tout ma huitième petite morte toute fraîche allait avoir besoin de compagnie pour sa première nuit sous terre. Pour elle : Notre Père qui êtes aux Cieux, etc.

Commentaires

Touchante description d'un triste évènement...

Bon courage à toi, Petite Fleur, en de pareilles circonstances.

Écrit par : Pulsar | 11/10/2005

Beaucoup de pensées de soutien pour toi Fleur, étoile du ring.

Écrit par : Axelle K. | 11/10/2005

Rien de tel que vos deux blogs pour se changer les idées... J'y cours ! (merci)

Écrit par : Fleur | 12/10/2005

C'est fou comme tu nous emmènes dans ton monde d'émotions et comme c'est beau à pleurer...
Je suis bien fort avec toi...

Écrit par : kti | 12/10/2005

Voilà résumé tout le paradoxe du rite mortuaire, si l'on y jette un regard dénué de figuratif : enterrer pour envoyer aux cieux, quelle idée bizarre.

Écrit par : Kel Klebs! | 13/10/2005

Kti, merci, vraiment...
Le klebs, tu as raison, c'est insensé !

Écrit par : Fleur | 13/10/2005

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