Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

03/10/2005

La petite sauvage

Lundi 3 octobre 2005

Elle a neuf ans et elle tient à distance les adultes comme les enfants. Ce n’est ni la perfection de sa petite gueule, ni ses yeux noirs, ni la grâce de sa silhouette. C’est le silence. Sa mère dit ma petite sauvage et les enfants parfois décrètent le siège : ils prétendent l’avoir à l’usure. L’assaillent de questions. En ronde autour d’elle. Une à une ils essaient les stratégies humaines, si pauvres au fond : persuasion, miel, compliments, cadeaux, intérêt marqué, promesse d’amitié, bouderies puis fâcheries, cris, moqueries, brusque désintérêt, ils finissent par la laisser de son côté. Rarement elle cède. Quand elle ne se sait pas observée, au milieu des autres enfants, son visage se détend, elle promène sur ces petits pantins gesticulant un regard lucide, et cependant indulgent. Comme amusé. Mais les adultes n’entendent pas laisser évoluer un tel être dans la même cour que leurs enfants. Ils parlent de psy, ils arguent son propre épanouissement, ils se déchaînent hystériquement pour convaincre la mère, à tel point que l’on finit par comprendre quel miroir angoissant leur tend cette petite fille mutique. Le silence, c’est la fin des transactions, la fin des vantardises, la fin des masques, mais le début d’un face à face terrifiant. La petite fille prend à leurs yeux des allures de Commandeur et chacun entend à travers la trame de son innocent silence les reproches qu’il croyait étouffés. Peut-être à la façon du portrait de Dorian Gray, la petite fille de neuf ans les renvoie à la vérité de leur âme, et oui, c’est à hurler.

Commentaires

on dirait, Fleur, que la misanthropie vous guette... quoi de plus naturel, ici bas, mais méfiez vous, une fois qu'on y a gouté il est dur de s'en défaire.

Écrit par : sios | 03/10/2005

Vous parlez en connaissance de cause, Sios ?

Écrit par : Fleur | 03/10/2005

Très joli protrait, Fleur, comme souvent. Vous voyez, quand je lis de tels instantanés, je me dis que votre querelle avec V. reposait vraiment sur un malentendu, car vous partagez avec elle, ce souci du détail et de l'attention portée à ce qu'on ne voit plus.

Écrit par : Ludovic | 04/10/2005

J'ai vécu une scène ressemblante dans laquelle un roquet du type croisement entre un teckel et une poule tenait en respect deux bergers allemands...Il ne faisait pas son commandeur, il n'était pas le chef de meute mais il avait un style si parfait dans l'aboiement et jouait tellement bien le chien qui s'y connaît en krav-maga que les deux grands benêts sont restés pantois face à ses gesticulations. DIngue de constater d'ailleurs que les chiens n'ont aucune conscience de leur force : des petits yorkshire sont capables de chercher des noises et de défier des dogues argentins, c'est beau et frais. De là à y entrevoir l'explication de mon pseudo...

Écrit par : Le Klebs | 04/10/2005

Oui, en connaissance de cause, comme le souligne de plus en plus mes textes...

Écrit par : sios | 04/10/2005

Ludovic, je suis un peu nerveuse en ce moment... Je n'ai pas pu m'empêcher de sourire (gentiment) en lisant chez V. qu'elle renonçait à une critique de Houellebecq...
Sios, je vois !
Le Klebs, merci pour ce portarit des klebs plus humans que les hommes ;-)

Écrit par : Fleur | 04/10/2005

On dira que tout est bien qui finit bien pour cette fois ?

Écrit par : V., souriant aussi | 04/10/2005

Même si la boxe vous répugne, V., la tradition veut qu'après un combat les adversaires se saluent cordialement...

Écrit par : Fleur | 05/10/2005

C'est que je suis une fort mauvaise boxeuse Fleur... Mais pour le salut cordial, ce sera de tout coeur.

Écrit par : V. | 05/10/2005

Les commentaires sont fermés.