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20/09/2005

Rat de laboratoire

Mardi 20 septembre 2005.
          Après avoir vidé les fonds de placard pour manger ce week-end, j’ai arpenté frénétiquement les rues, hier toute la journée, à la recherche du moindre petit vermisseau pour me nourrir. La banque était fermée et de toute façon l’homme-tronc qui distribue les billets au guichet comme on distribue ses faveurs, me refusait depuis plusieurs jours le plus petit centime sous prétexte que mon compte est à découvert. Ni carte ni chèque, impossible de tromper le commerce, et j’avais épuisé tous les crédits dans toutes les boutiques possibles. J’étais comme prise au piège, à la façon des rats de laboratoire enfermés dans un labyrinthe, sommés de retrouver le morceau de fromage dont le fumet leur chatouille les narines. Le vice du labyrinthe est que vous pouvez passer à quelques centimètre du but, et le sentir de l’autre côté de la cloison, alors que pour l’atteindre il vous faut encore dérouler plusieurs mètres de couloirs aveugles, vous éloigner de l’effluve afin de la trouver. Je pouvais sentir le fric dans les poches de quelques connaissances aisées, mais quand on crève de faim on préfère demander de l’aide à celui qui en a fait l’expérience. J’ai fait des allers-retours insensés, j’ai vu deux vieilles se pencher sur un chien inerte sur le trottoir, je les ai insultées mentalement ces vieilles salopes qui n’accordent pas un regard au clochard épuisé sous un porche parce qu’il baigne dans sa pisse et que ce n’est qu’un homme, j’avais l’air d’une folle, et je crois que je l’étais vraiment, puisque je voyais en levant les yeux au ciel les lorgnons des scientifiques observant ma façon de me démener dans le labyrinthe des rues. A la minute où j’ai croisé M.N., j’ai pu leur faire un bras d’honneur, je venais de trouver le fromage sous forme d’un billet de dix euros prêté avec le sourire et sans un commentaire.

10:30 Publié dans Painfull | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Chère Fleur, la prochaine fois, si vous voulez vous réjouir, insultez donc, les deux vieilles, cela les embetteras pour un jour et plus, tellement leur vie est ennuyeuse... Juste de le savoir, c'en est presque jubilatoire...
permettez-moi d'ajouter, que malgré votre faimet votre égarement, votre style, lui, demeure aussi beau et poli, qu'une perle de nacre, et presque aussi doux... Pour notre grand plaisir

Écrit par : sios | 20/09/2005

Faim et début de transe...Les ados dévorant les livres auraient une formule cinématographique pour schématiser "l'axe Fante-Hamsun Vs Fleur".
"Bordel", Fleur, comme la Fête du Trône, tout ce texte secoue, panique, rend fébrile, fait saigner du nez...comme la faim.

Écrit par : KLBS | 20/09/2005

Merci, Sios, à la perle je préfère l'huître qui a le mérite d'être comestible ; )
Le Klebs, j'ai lu Hamsun lorsque je vivais encore chez mes parents et que la faim était une notion romantique à mes yeux. Il faut que je le relise ! Merci pour l'empathie, qui me touche, à chacun de tes commentaires...

Écrit par : Fleur | 21/09/2005

S'agit pas d'empathie volontaire, juste que tu parviens à nous transporter (et au final, aussi rapidement qu'un Thalys) avec "trois fois rien", juste un sens de la pondération, de la justesse...
C'est dingue d'ailleurs de rester pondérée et juste dans ces conditions : c'est peut-être lié à la boxe qui t'a façonnée dans une double- logique...s'habituer à combattre mais ne jamais s'habituer aux combats?

Écrit par : Klebs | 21/09/2005

Les commentaires sont fermés.