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05/09/2005

Torture

Lundi 5 septembre 2005.

Je me rends volontairement à mes séances de torture, parce que le tortionnaire a la voix chaude, et qu’il hypnotise ses victimes à la fin de la demi-heure de supplice, pour être sûr qu’elles reviendront jour après jour, jusqu’à ce qu’il ait épuisé sa jouissance avec chacune d’entre elles. Alors il les congédie en affirmant que la rééducation est finie ou peut-être voilà, vous êtes parfaitement remis, mais je ne saurai pas la formule exacte avant la fin de ces douze séances prescrites par le médecin de l’hôpital.

Ils sont de mèche. Ils se refilent leurs victimes, ils les plâtrent, les radiographient dans toutes les positions, les déplâtrent, les auscultent, observent leurs premiers gestes maladroits, se saisissent des membres à peine éclos, et ils cachent mal leur éclat de rire intérieur en suggérant serrez ma main très fort, se nourrissant de l’impuissance du patient. Mon bras tout juste libéré de sa gangue de résine, disgracieux et nu comme l’oisillon tombé du nid, avidement manipulé par le médecin : vous avez mal ?… Et là ?… Et là ?… jusqu’à ce que je le fasse jouir d’un oui plaintif. Triomphant, il se jette sur son carnet estampillé CHU et m’ordonne douze séances de rééducation. Il clôt la consultation en susurrant que la boxe attendra un peu.

Cinq jours plus tard le kiné choisit avec soin, parmi son éventail d’ustensile, la forme, la couleur et le poids de l’instrument à faire pendre au bout de mon bras pour briser une à une toutes les défenses du corps, et la lutte est inégale, entre mes muscles fondus, mes tendons rétractés et le poids mort imposé par le tortionnaire. Il a à peine terminé son installation qu’il file avec gourmandise vérifier le degré de souffrances des autres victimes dans les box voisins. Sa grande trouvaille est de ne pas nous enchaîner afin de nous laisser une illusion de liberté. Il nous cuisine un à un, s’enquiert de la douleur au coude et si je précise que l’épaule et le poignet me font aussi souffrir depuis vingt minutes, il fait mine de vouloir me soulager en forçant à mains nues mon bras à se déplier. Je retiens mes cris pour ne pas lui laisser la victoire, mais je le laisse en fin de séance me bichonner le coude de ses mains chaudes et de son monologue rassurant. Je sais que je reviendrai le lendemain, que c’est une fatalité, que je n’y échapperai pas, que le médecin de l’hôpital a dû me greffer une puce qui désormais gouverne ma volonté.

Un soir, à l’heure où les monstres sortent, je me trouve à la caisse du Centre Leclerc nez à nez avec le kiné. Je ne peux réprimer un sourire vengeur en entendant la caissière le houspiller parce qu’il a oublié de peser ses fruits et légumes.

08:00 Publié dans Painfull | Lien permanent | Commentaires (13)

Commentaires

Sérieusement, je doute que "voir un bras comme tombé du nid" blanc comme du lait, sale, soit pour ton médeçin un acte de jouissance, si ?

Écrit par : Tryptophane | 05/09/2005

Mon bras n'était pas sale, ni blanc comme du lait, et ces gens-là sont des pervers polymorphes, tu sais ?

Écrit par : Fleur | 05/09/2005

D'ailleurs c'est mon "oui" plaintif qui le fait jouir.

Écrit par : Fleur | 05/09/2005

Derrière la plainte, se cache une belle fascination, Fleur en mode "bondage" thérapeutique...Il porte une blouse cérémonieuse et la barbe des intriguants au moins?

Écrit par : Le Klebard | 05/09/2005

Te retiens pas de crier si ça te fait mal. Ou mieux mords-le. Il s'y prend peut-être comme un pied, ce bras cassé :) (pas pu m'empecher de sortir ma p'tite blagouse de derrière les fagots)

Écrit par : Alinoee | 06/09/2005

Ni barbe ni blouse, le klebs, mais pour la fascination, oui, tout me fascine dans cette vie, je suis trop impressionnable !
je penserai à mordre la prochaine fois, Alinoee

Écrit par : Fleur | 06/09/2005

A la réflexion, il est parfaitement logique d'être impressionnée par un type qui peut te triturer les os comme d'autres boivent un verre d'eau...d'où la propension des kinés à sombrer dans l'abus de position dominante en te détricotant les articulations avec une avidité rictusée...

Écrit par : L'Eukleps | 06/09/2005

Fleur, je te suggère de reprendre la boxe avec ton sadique kiné, lors de ta dernière séance...

Écrit par : Pulsar | 07/09/2005

Je confirme les dires de Fleur, les médecin orthopédistes sont des pervers polymorphes patentés. Ils sont en effet sadiques (découper des os, des membres, qui aurait l'idée, franchement ?), masochistes (rester de bout des heures au bloc, sans compter les 20 plâtrages dans la journée), obsédés sexuels (ça vous ne le voyez pas mais croyez-moi sur parole), et souvent en pleine régression infantile.
Des individus à éviter, à fuir comme la peste ! ;-)

Écrit par : Melie | 09/09/2005

Une psychiatre traumatisée par un traumatologue...comme quoi.

Écrit par : Le Klebs | 09/09/2005

Mélie est psychiatre ??
Les orthopés n'ont pas le monopoles de l'obsession sexuelle, je pense, mais je suis contente de voir que ma théorie des pervers polymorphes tient debout et est accréditée par une psy.

Écrit par : Fleur | 09/09/2005

Je ne suis pas encore psychiatre, mais c'est imminent.
En revanche, j'ai l'expérience des orthopédistes, que ce soit au bloc ou en salle de garde... Et ce sont les pires des médecins !

Écrit par : Melie | 09/09/2005

Fleur, si vous n'avez point lu Les morticoles, de Léon Daudet, n'hésitez pas. Il y détruit joyeusement le corps médical, lui meme en ayant fait presque partie, la critique et d'autant plus féroce que sa haine est grande...

Écrit par : sios | 10/09/2005

Les commentaires sont fermés.