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19/07/2005

Le second souffle

Mardi 19 juillet 2005.
Ce qui me manque pour être une vraie boxeuse, ce n’est pas une technique parfaite : je ne l’ai pas non plus, mais ça se travaille. Ce qui me fait défaut est bien plus fondamental : le second souffle. Je regarde l’entraînement des boxeurs. Les exercices de shadow suivent l’échauffement à la corde à sauter. Chaque boxeur face à lui-même, face à ses fantômes. C’est ce qu’il y a de plus beau, peut-être presque autant qu’un combat sur le ring. Dans la salle de boxe, chacun recueilli en lui-même danse et tourne et se détourne, feinte pour lui-même, esquive les coups d’un adversaire purement imaginaire. Le boxeur en romancier, aux prises avec son héros. Mes boxeurs dansent concentrés sur le fantôme qui leur fait face, c’est l’heure où les imbéciles de la salle de musculation passent la tête par la porte pour rire un peu de voir ces hommes frapper dans le vide avec le plus grand sérieux. Ils ne savent pas qu’il est le Rival absolu, celui que l’on se crée en shadow. Le sac, c’est juste pour la puissance et le geste.
Plus tard, les boxeurs franchissent les cordes et s’affrontent deux à deux, et parfois l’entraîneur crie changez de partenaire ! comme dans les westerns où l’on danse le quadrille. Ils alignent les rounds d’assaut libre, je sais de courte expérience qu’à cet instant l’excitation mentale est à son comble. Ils ont dans chaque gant une bonne réserve de directs, uppercuts, crochets, des gauches et des droites, aussi finement modelés que les centaines de bras de plâtre découverts sans corps dans l’atelier de Rodin (et à bien y regarder, il y avait presque autant de crochets, directs et uppercuts que dans un combat de boxe, chez le sculpteur). Pour les aligner tous, un à un, sans colère et sans haine, dans l’ordre que réclame inconsciemment l’adversaire, après la douleur et la fatigue des premiers rounds, ils franchissent cette drôle de frontière à laquelle je m’arrête systématiquement. Le tempo se déforme, et ( je tiens à cette vision symétrique depuis que j’ai découvert les adorables minuscules boxeurs noirs dans les partitions de Ligeti ) ils ont l’air de notes de musique sur la portée en trois dimensions du ring : le second souffle vient de s’imposer. Le reste est purement jubilatoire, il faut le voir pour le croire, je vous laisse là pour en profiter pleinement.

08:30 Publié dans Boxe | Lien permanent | Commentaires (15)

Commentaires

Montée en puissance et montées de sève...qui a dit que la boxe était un sport de bûcheron, vue d'ici, elle ressemble plus à un sport raffiné où les touches graduellement s'intensifient et progressivement se réchauffent, pour passer du jaune au rouge puis du rouge au noir, comme des écharpes rayées de supporters de foot . J'aime bien le concept de shadow boxing tel que tu le décris : scientifiquement, ils sondent.

Écrit par : Le Klebs | 19/07/2005

No comment, ce commentaire me plaît à la folie !

Écrit par : Fleur | 19/07/2005

Ton texte est magnifique.

Écrit par : Newbie Ocean | 19/07/2005

Merci, Newbie, c'est la boxe qui est magnifique. Tu veux pas nous faire une toile de NO en boxeur ?

Écrit par : Fleur | 19/07/2005

même chose

je regrette de pas être la première à dire que c'est un de tes textes que j'ai le plus apprécié

Écrit par : hypo | 19/07/2005

C'est parce que tu es une habituée des combats ; ))

Écrit par : Fleur | 19/07/2005

Faudrait quand même pas oublier que ces gens-là se tapent dessus, finissent toujours par se casser le nez et adorent humilier leurs adversaires. D'accord, Cassius Clay, mais la plupart c'est quand même des sauvages qui trouvent quelque chose de jouissif dans le fait de frapper les autres. Peut-être que c'est artistique, ce qu'ils font, mais derrière les gestes et les ombres et tout ça y a quand même des gens qui font mal d'abord aux et puis à la longue à eux mêmes. Y a peut-être bien une morale de la boxe, dans le fait d'encaisser, mais en faire un ènième art c'est trop. Déjà qu'ils ont foutu le cinéma à la liste des arts, bientôt y aura des cours de boxologie esthétique en terminale littéraire. Vous en faîtes tous trop ; y a pas de concepts, y a pas de notes et y a pas d'ombres, c'est juste des gros noirs qui se tapent dessus.

Écrit par : Ike | 20/07/2005

Faux. La violence n'est pas sur le ring, seulement chez les spectateurs. Un boxeur (ils ne sont pas tous gros et noirs, et quand bien même ils le seraient, ils n'en seraient pas pour autant des sauvages jouissant de taper sur la gueule d'un autre) un boxeur donc apprend à fermer le poing sans colère. Il s'agit d'un duel, d'un jeu, sauf, je suis d'accord, chez Mike Tyson qui a une vitesse et une puissance hallucinante mais à qui échappe cette notion de la boxe. Comme partout il y a de pauvres types. Quand à moi je n'ai jamais rencontré de boxeur adorant humilier les autres. Ce sont des clichés et je regrette que la beauté de la boxe vous échappe. Je n'en fais pas trop, c'est la vision que j'ai lors des entraînements, vous avez raison sur une chose : "y a pas de concepts".

Écrit par : Fleur | 20/07/2005

et puis CASSIUS CLAY N'EXISTE PAS, APPELEZ LE MUHAMMAD ALI !

Écrit par : Fleur | 20/07/2005

Magnifique uppercut verbal Fleur ; )

Écrit par : Axelle K. | 20/07/2005

Et aussi, Ikke, arrêtez de sacraliser l'art. L'art n'a rien à voir avec les terminales littéraires, ouvrez les yeux, vivez un peu.

Écrit par : Fleur | 20/07/2005

Axelle, merci de ta visite...

Écrit par : Fleur | 20/07/2005

La boxe comme belle manière de concrétiser son combat avec ses propres démons, exutoire parfait pour mieux les vaincre. Il n’y aucune abstraction dans les poings et encore moins de concept. Au contraire, il n'y a que du concret au bout de chaque doigt.

Écrit par : Alinoee | 20/07/2005

Et Picasso concevait ses peintures comme des exorcismes.

Écrit par : Newbie Ocean | 20/07/2005

Qui a t il de choquant dans le fait que le cinéma soit une oeuvre d'art..
il existe aussi des oeuvres d'art interactives.

Je pense que tout peut être artistique à partir du moment où l'homme y met une intention artistique .. ou il y a volonté de transformer "l'objet" suivant une vision..

en outre nous ne sommes pas artistiquement sensibles aux même choses donc on peut ne pas réagir à une "oeuvre" sans que celle ci soit taxée de non-art

tout est question ici de point de vue et finalement de goût.
(pas dans le sens beau/laid bien sûr)

Écrit par : toctoc | 22/07/2005

Les commentaires sont fermés.