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24/06/2005

La tortue

Vendredi 24 juin 2005.
Les trois hommes du tennis tendent une moustiquaire bleue, estampillée erbifinhceT mais toutes lettres à l’envers (ce que refuse de comprendre mon clavier) à mi-hauteur du grillage du court extérieur. Leurs ombres portées troublées par la trame aérée de la toile, vibrent comme les silhouettes des baigneurs dans l’eau d’une piscine.
Un matin, au Jardin Botanique, une tortue a traversé l’allée de graviers à quelques mètres de nous. Elle remontait de la rivière pour se jeter dans l’étang. Elle s’est arrêté plusieurs fois la tête tournée vers nous. Nous étions dans le vent, peut-être nous sentait-elle, sinon comment nous aurait-elle perçus, nous étions immobiles et silencieux comme des Sioux. Au bord de l’étang, ses pattes arrières étirées dans un adorable dernier effort avant le plongeon.
Hier soir, dernier cours de boxe. En y allant, je me suis offert le luxe de traverser les rues, le tennis et le parking sans mon sac à dos, les gants à la main, dans le soleil du soir, lonesome boxeuse.

Commentaires

Féline, sauvage et distinguée. Fleur, vous nous charmez et nous faîtes voir de bien jolies images.
A bientôt.

Écrit par : all_zebest | 24/06/2005

Toujours aussi agréable de vous lire, mais avec le temps, je me demandes comment vous êtes. Non pas physiquement comme certains se le demanderait, mais comment vous êtes au combat. Il est toujours agréable de regarder les gens se battre, car si l'on connait assez bien la chose, le style naturel et le vrai caractère pointe sous les ataques... Il doit être fort agréable de vous regarder, et plus encore de vous affronter... Peut être un jour aurais je par hazard l'une de ces chances...

Écrit par : sios | 24/06/2005

Je viens de lire tes archives, sur l'Afrique et la pluie et tout ça. En fait si tu parlais moins, c'est-à-dire si t'avais pas un blog, tu serais exactement comme Lena Grove dans Lumière d'Aout de Faulkner. Y a aussi le truc de la boxe qui empeche la comparaison. Enfin, peu importe. T'écris des jolies choses des fois, quand ça arrête de sentir la femme et surtout la femme française qui fait des brodures et se soucie de l'harmonie du monde. D'un côté tu donnes l'impression d'etre une femme heureuse ou en train de l'etre, et de l'autre c'est quand meme devant des tas de gens que tu racontes ces trucs. C'est dommage.

Écrit par : Harry Wilbourne | 24/06/2005

All, ces trois adjectifs me plaisent mais je ne suis pas sûre d'en être digne !
Sios, je vous attends sur un ring quand vous voulez ! Tout à fait d'accord sur le fait qu'observer un boxeur en plein combat nous en apprend beaucoup sur lui.
Harry, merci de ta franchise. Tu réveilles un vieux et complexe complexe qui est celui de ne pas être un homme, de ne pas écrire comme un homme, de ne pas boxer comme un homme. Je croyais en avoir fini avec cette question ("en avoir ou pas") mais tu me prouves le contraire. Tu te trompes sur un point : je ne me soucie pas de l'harmonie du monde. C'est un parti pris de laisser ma violence au vestiaire avant de monter sur le ring, pour me concentrer sur l'essentiel. J'ai souvent été dans la position de la révoltée : l'expérience m'a appris que je n'étais alors capable que de coups d'épée dans l'eau. Ceci n'est qu'un blog, et je suis comme je suis.

Écrit par : Fleur | 25/06/2005

Oui mais quand meme. C'est trop ambigu tout ça. Je crois que tu pourrais écrire des bonnes nouvelles, je veux dire inventer des histoires où des gens de chair et de sang pourraient vivre et mourir en 20 000 mots. Je viens d'avoir Internet et de découvrir ces trucs là, les blogs, et le tien c'est le seul où quelqu'un cherche à dire la vérité. Je sais pas pourquoi je m'obstine à t'embeter mais j'ai l'impression que tu as du talent, et que comme toujours dans ce fichu pays dès que quelqu'un a un peu de talent pour raconter une histoire il se laisse aller à parler de lui-meme (d'elle-meme pardon) et à enjoliver les petites choses du monde, les gorgées de bière et les petits riens qui font la vie des trentenaires. Ta réponse m'encourage à intervenir, mais si tu penses que je suis trop radical j'arrêterais. En plus je me sens proche de quelque chose dans ce que tu écris, qui n'est pas la célébration de petits détails dans un monde où s'enchanter est devenu difficile, qui est plutôt la quête d'une puissance, d'une solidité des choses, du sacré aussi. Et c'est pas du machisme de dire que les femmes ont du mal à faire autre chose que prendre la parole (parfois de façon réussie) ; alors que les hommes ont l'instinct de créer. C'est comme si t'étais au milieu. En tout cas entre l'estime et l'énervement c'est plutot l'estime qui me fait te répondre.

Écrit par : Harry Wilbourne | 25/06/2005

Je sais tout ça Harry, c'est exactement là où je me situe : entre les hommes et les femmes. Je ne suis pas capable de grand chose, j'ai découvert mes limites il y a bien longtemps, et j'en crève de rage. Je donne l'impression d'avoir du talent, c'est faux, je suis incapable de créer et de côté là je suis bel et bien une femme. Tu me dis haut et fort ce que je pense de moi depuis bien longtemps. Qui es-tu ?

Écrit par : Fleur | 25/06/2005

Qui je suis ? Un jeune homme, amateur de whisky et de jazz. J'écris des histoires et même si j'écris très bien je sais que je n'aurai jamais aucun succès. J'ai gagné des concours de nouvelles et c'est tout ce que je gagnerai de toute ma vie. Mais dans mes histoires je parle de la détresse et surtout des gens, pas des idées. Et je suis le premier surpris de pouvoir avoir l'impression de bien aimer une femme rien qu'en lisant son blog. Et puis je suis sûr que t'as du talent, voilà. Je t'enverrai une nouvelle que j'ai écrite si tu veux bien et si l'adresse aol est la bonne et puis surtout si ça t'intéresse. Tu dis que tu as lu les Palmiers Sauvages de Faulkner ; eh bien à bientôt Charlotte. Harry.

Écrit par : Harry Wilbourne | 26/06/2005

L'adresse est la bonne, j'attends l'une de tes nouvelles avec impatience. Alors tu m'as trouvée chez All-zebest ? Entre ton nom, ton adresse e-mail et tes comparaisons, je pensais bien que tu étais pétri de Faulkner...

Écrit par : Fleur | 26/06/2005

Je venais d'avoir Internet et je cherchais le texte des Palmiers Sauvages en ligne parce que j'ai perdu le bouquin. Alors je fais "Les Palmiers Sauvages" sur google et je tombe au hasard sur un site où les gens classaient leurs livres favoris. Je trouvais ça assez malsain, et y avait cette personne qui disait que le premier choix était impossible à dire, et qui mettait les Palmiers Sauvages ; alors intrigué je vais voir son lien et je vois Fleur sur le ring qui reste une jolie image au bout du compte. Je vais pas faire le petit jeu chez allzebest parce que ça donnerait un cercle de toutes les oeuvres de Faulkner dont j'aime tout sauf A Fable. Et puis Shakespeare et Yeats. Ca fait déjà trop d'entrées. Et puis Shakespeare et Faulkner sont pas des choix ; c'est juste les meilleurs, les mêmes, Faulkner à la cour d'Elizabeth et Shakespeare dans le Mississippi. Ils ont créé des gens meilleurs que Dieu en a créés. C'est ça à mon avis l'ambition d'un écrivain. Faire mieux que Dieu. Et je connais que Shakespeare et Faulkner qui ont réussi. Allez, assez de bêtises. On se laisse vraiment aller quand on écrit comme ça, de façon anonyme sur un blog... Je m'excuse.

Écrit par : Harry Wilbourne | 26/06/2005

Chère Fleur, je répondrais avec plaisir à votre invitation. Si jamais l'occasion se présente, je n'hésiterais pas. Car si le style est l'homme même, le combat en est pétris tout entier... j'aimerais comparer le votre au mien.

Écrit par : sios | 26/06/2005

Continue ! Faulkner, Yeats, Shakespeare, le jazz, le whisky et quoi encore ? Quel jazz ? J'ai reçu ta nouvelle, merci, mais je veux la lire en une seule fois, j'attends d'avoir du temps devant moi. Un peu plus tard dans la journée, je pense.

Écrit par : Fleur | 26/06/2005

Ah, Sios ! J'enfile mes gants et je vous attends ! Dès que vous aurez passé la Manche !

Écrit par : Fleur | 26/06/2005

Ce sera avec grand plaisir. La chose arrivera sous peu... si je survis à ce printemps Anglais...

Écrit par : sios | 26/06/2005

C'est déjà l'été, ici, pas là-bas ?... C'est drôle, ce dialogue en ligne, connectés en même temps.

Écrit par : Fleur | 26/06/2005

malheureusement l'été Anglais ne vaurt pas le printemps français... Ici l'été ne se montre pas plus de trois jours par semaine, c'en est presque affligeant. ce dialogue est assez amusant en effet... par la même, de nouveaux textes ont été ajoutés, mon rapport touchant à sa fin, je recommence doucement.

Écrit par : sios | 26/06/2005

Mother Nature's Blog, write on! Inspect, compare, and die, if die you dare !

The Suicide's Argument

Ere the birth of my life, if I wished it or no
No question was asked me--it could not be so !
If the life was the question, a thing sent to try
And to live on be YES; what can NO be ? to die.

NATURE'S ANSWER

Is't returned, as 'twas sent ? Is't no worse for the wear ?
Think first, what you ARE ! Call to mind what you WERE !
I gave you innocence, I gave you hope,
Gave health, and genius, and an ample scope,
Return you me guilt, lethargy, despair ?
Make out the invent'ry ; inspect, compare !
Then die--if die you dare !

Écrit par : Coleridge himself | 27/06/2005

If I dare ? Et c'est Coleridge lui-même qui vient me poser la question !? (Mais je crois que la première phrase n'est pas d'époque) Je dois rassembler mes forces, j'ai besoin d'un peu de temps.

Écrit par : Fleur | 28/06/2005

Dommage, Fleur, j'aurais aimé vous amener du monde. Je ne peux que vous apporter mes respects.
(Au fait, le questionnaire m'avait été proposé par Calamine qui elle-même se l'était vu proposer. Je trouve que la question avec le verbe "acheter" n'apporte rien, mais bon...).

Sinon, ça me surprend toujours, les écrivains qui disent "j'écris très bien". En ce qui me concerne, je suis très insatisfait par mon style, et c'est cette insatisfaction (entre autres) qui me pousse à toujours écrire pour m'améliorer.

Écrit par : all_zebest | 28/06/2005

C'est vrai All, on n'a jamais fini de travailler quand on écrit.
C'est bien d'avoir remis les choses au point sur votre blog : vous ne vous limitez pas au "Français exilé au Japon".

Écrit par : Fleur | 28/06/2005

Oui, il suffit d'ailleurs de compter les articles de chaque catégorie...
Petit regret, en outre : aucun commentaire ces derniers temps sur "Emprise progressive"... Malgré l'impression que ce texte n'intéresse personne, je continuerai d'écrire ce que j'ai à dire, et on verra bien.
Bonne continuation, chère Fleur.

Écrit par : all_zebest | 28/06/2005

"Et c'est cette insatisfaction (entre autres) qui me pousse à toujours écrire pour m'améliorer".
Finalement l'écriture en France c'est comme la République : une sorte de devoir civique, on partage ses idées, son "style" (je sais même pas comment on dit en anglais), dans le respect d'autrui. Et on s'améliore. All-ze-average.

Écrit par : Angry Wilbourne | 29/06/2005

Un "devoir civique" ? Ma foi, cela dépend des gens... Pour ma part, j'écris parce que j'aime, plutôt que le faire, du moins l'avoir fait. Car écrire est difficile et souvent douloureux.
Bonne chance à vous, Wilbourne, sans animosité.

Écrit par : all_zebest | 30/06/2005

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