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09/06/2005

Vieil héron

Jeudi 9 juin 2005.
Mardi dernier, descente dans les entrailles sombres du cabaret, pour la soirée jazz du mois. Peu de monde, mais je me contente de cette place sur les marches des escaliers, à mi-salle. Vieille obsession de voir sans être vue. Je ne bois ni ne m’attable, je suis là pour la musique. Au pied des escaliers, un type aux commandes d’une armée de bouton vissés sur une table, fait face à la scène. De temps en temps, un musicien lui fait signe, il tourne d’un quart de millimètre l’un de ses soldats, et tout semble rentrer dans l’ordre. Je reconnais Christophe Rocher, je ne l’ai pas vu monter sur scène, mais il porte déjà la clarinette à ses lèvres. Il doit être un peu boxeur dans l’âme pour livrer ce genre de combat, à la fois contre et avec les autres musiciens. J’ai oublié le nom du savant fou qui se jette jusqu’à la taille dans la gueule ouverte de son piano à queue pour lui arracher les boyaux, oublié aussi le nom du batteur qui me ravit, et oubliée l’heure à laquelle je quitte les lieux. Christophe Rocher a troqué sa clarinette contre un instrument dont j’ignore le nom : une clarinette qui aurait pris la forme d’un saxophone démesuré, tombant jusqu’aux pieds, sous l’effet du souffle magique du musicien. Quand il cesse d’en jouer, il a le regard des boxeurs sonnés, innocent des rythmes ancestraux qu’il vient de puiser au fond de son âme de vieil héron égyptien, en équilibre sur une jambe. Je garde au creux du tympan le son de sa clarinette, il me tient compagnie. Cette vie me va comme un gant de boxe.

13:15 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

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