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31/05/2005

Rasoir

Mardi 31 mai 2005.
Il y a des travaux le long des grandes artères de la ville. Les ouvriers ont creusé des trous profonds, dans les trottoirs, à grands coups de pelleteuse, mais pour mettre à nu les tuyaux de gaz souterrains, c’est un homme qui est descendu piocher délicatement jusqu’à émietter la gangue de terre jaune. Désormais les veines de plomb sont visibles. On pourrait tâter le pouls de la ville. Je compte les dix-huit trous de ma rue chaque matin. Sur chacun d’eux les ouvriers ont placé en guise de pansement une grande planche de bois de couleur chair. Elles sont si souples qu’elles en paraissent fragiles, je ralentis toujours en marchant dessus, de peur qu’elles ne se brisent sous un pas vif. Les ouvriers sourient de ma crainte. Ils me saluent matin, midi et soir, dès qu’ils me voient.
Je crois avoir acquis un œil expert, je mesure l’avancée des travaux en observant chaque trou, tour à tour, chaque matin. A la façon d’un médecin qui passe de lit en lit, à l’hôpital, sans jamais s’arrêter.
Hier soir, en rentrant à l’heure où les ouvriers ont disparu, j’ai été horrifiée de constater à quel point la ville me ressemble, écorchée vive, à la merci d’une poignée d’hommes. Je m’aperçois qu’à travers les travaux c’est moi-même que j’épie. La ville gît, les veines nettoyées, comme offertes au fil du rasoir.

Commentaires

J'aime toujours autant ce que tu écris Fleur...

Écrit par : Axelle K. | 31/05/2005

Merci, ça me fait plaisir, Axelle, et moi je ne manque jamais une de tes notes, même si je ne commente pas toujours.

Écrit par : Fleur | 31/05/2005

si comme l'a dit buffon "le style est l'homme même" alors je crois sans aucun doute en vous lisant, demoiselle, que la femme ne démérite pas. Merci d'utiliser encore aujourd'hui une langue aussi châtiée. (je tiens à ce que je viens d'écrire même si le terme d'homme est ici présent en tant que terme générique)

Écrit par : sios | 31/05/2005

Merci pour ce compliment qui me va droit au coeur, Sios ! Le terme d'homme me convient tout à fait.

Écrit par : Fleur | 01/06/2005

je fais la même chose que toi pour les planches,pour le reste aussi d'ailleurs :)

Écrit par : Mad | 03/06/2005

Aujourd'hui, c'est un peu trop grave : no flower no crown.

Écrit par : Anaximandrake | 03/06/2005

Grave oui, mais la note suivante est optimiste...

Écrit par : Fleur | 03/06/2005

la ville me ressemble, écorchée vive, à la merci d’une poignée d’hommes

holalalalalalalalalalalala.....
ça fantasme dur chex vous mlle!

Écrit par : la konchita | 07/06/2005

Pas chez vous ?

Écrit par : Fleur | 07/06/2005

Ce que tu écris à la fin me fait penser à un passage dans Rilke... Les carnets de Malte Laurids Brigge... une lecture dans le cadre du capes... A la vue d'un immeuble en délabrement, Malte fuit, car le spectacle est insoutenable...
dans ce délabrement il a reconnu ce qui existe au plus profond de lui...

Écrit par : kti | 14/06/2005

Les commentaires sont fermés.