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19/04/2005

Western sur les toits

Mardi 19 avril 2005.
Je revois les ouvriers sur le toit, côté cour, l’été dernier. Travaillent au soleil, torse nu, et je les distingue assez bien, malgré la distance. Ils manient à deux les longues plaques de tôle ondulée, où le soleil rebondit : la poignée d’éclairs de Zeus est tombée entre leurs mains. Ils crépitent entre deux corps tendus, les flashs furieux aveuglent l’alentour, aveuglent le regard des femmes derrière leurs rideaux, aveuglent les mouettes mégères, aveuglent le soleil de juillet lui-même, mais ces hommes sont invincibles. Les torses dressés au soleil, les hommes sourient, rois perchés entre ciel et terre. La chaleur monte de leur royaume d’acier. Le silence fabuleux. Mais leurs voix, parfois. J’envie leur vie suspendue. Ils disparaissent sur l’autre versant du toit, mais ils vont revenir de mon côté, se laisser tomber assis sur le rebord d’une lucarne ou s’adosser simplement à la cheminée flûte de pan. Voilà déjà le premier cow-boy des toits suivi de sa bande, pas lourds, silence solennel des canyons cactés, je m’attends à entendre une balle siffler. Les hommes sont las, ils ont le dos courbé et les épaules pleureuses lorsqu’ils se calent le derrière sur la tôle. Recherchent l’ombre du haut pignon mitoyen. Renversent le tête en arrière. L’un d’eux dégaine une bouteille de Coca, j’observe la main dévisser le bouchon, j’écoute les bulles s’affoler en un « Pssssshhhiiit ! » flagrant, détonnant. Ils se passent le flacon d’ivresse, les bulles montent à la tête, ils échafaudent, rient et s’apostrophent. L’un d’eux, jean et visière de casquette sur la nuque, se redresse en plein soleil, torse éclatant. Il allume une cigarette, inspire sa bouffée d’extase. Il sourit et mime l’histoire qu’il raconte, il a une allure à la Sean Penn. Tout semble mythique sur ce toit.
Chaque fois que j’y repense, je me dis que je pourrais postuler pour être « couvreuse ». Mais je connais ma sottise, mon besoin de mythifier, qui me fait voir des dieux où il n’y a que des hommes et des royaumes là où il n’y a rien. Peur d’être déçue.
Ni skate ni boxe depuis un temps fou.

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