Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/03/2005

Héros à la diable

Lundi de Pâques.
Les deux petits gars sous les platanes. L’un jongle avec son ballon de foot. L’autre observe, impassible dressé à six mètres les sourcils froncés, à la façon d’un héros de Sergio Leone.
Celui qui fait valser son ballon à la pointe du pied donne l’impression d’être concentré sur son jeu, mais l’air de rien, il se rapproche de l’observateur. Je le sais à son sourire en coin, à son mauvais tir cousu de fil blanc, qui envoie le ballon en direction du plus jeune.
Je glisse un doigt entre les pages de « Vieil Ange de Minuit », que je lis sur un banc à quelques mètres de la scène. Je ne quitterai plus des yeux mes petits héros dressés au soleil dans la poussière, face à face sous les platanes.
En récupérant son ballon, le plus âgé s’adresse à l’autre : « Tu veux jouer ? », et ce seront les seuls mots échangés entre eux. D’un tir précis, il offre au cow-boy l’occasion de montrer ce qu’il vaut. Le silence poussiéreux est fabuleux. Sans frime ni poudre aux yeux, chacun à son tour offre à l’autre le meilleur de lui-même, par respect. Jonglage, tir lobé, tête, et d’une aile de pigeon, passer la balle à l’autre. Ils se font don de leur talent, et c’est tout.
Voilà aussi pourquoi je suis une sauvage. Le blabla d’une amie m’aurait empêchée d’assister à la rencontre de ces deux héros à la diable. Ce sont mes épiphanies à moi, et elles récompensent ma solitude.

Les commentaires sont fermés.