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02/03/2005

Je suis Zanzerro

mercredi 2 mars.
Je porte le Borsalino importé d’Italie pour Monteil, premier chapelier à Boulogne-sur-Mer, et acheté par Edgar Zanzerro en 1964 : cette année-là, Cassius Clay bat Sonny Liston, et Miles Davis donne un concert à New-York pour l’inscription des Noirs sur les listes électorales.

Je le porte sous la pluie, je le porte au soleil, je le porte à la lune, à mon secrétaire Napoléon III, je le porte en jupe, en pantalon, en robe de soie, en manteau d’hiver. Zanzerro le portait le jour où Cassius Clay a manœuvré Sonny Liston comme Antonio Ordonez danse avec un taureau aux cornes intactes. Magie de la cape, magie du costume aux parements dorés.

Je trace au crayon de maquillage une fine moustache, devant la glace retour d’Egypte, sur mon visage triangulaire ombré du sombrero italien. Olé ! Je suis Zanzerro, j’ai acheté ce Borsalino l’année où Cassius Clay a battu Sonny Liston, l’année où l’on a crié au match truqué. L’année où l’on a pris en grippe la magie.

Magie de la manipulation. Magique parole qui paralyse au septième round, comme il l’avait prédit. Moi Zanzerro je n’ai parlé ni de trucage ni de combine, moi Zanzerro je me suis contenté de coiffer mon Borsalino et d’aller promener ma petite gueule d’amateur de boxe sur les avenues. Ali a le Verbe. Qui a le Verbe est magique.

On ne sait rien de Zanzerro. Amateur de boxe, trente ans en 1964, il achète un Borsalino couleur fauve à Boulogne-sur-Mer. Tout le reste est fiction. Solitaire en son fort intérieur, un faible pour le mot et la couleur cramoisie, Zanzerro ne se prend pas pour Alain Delon. Il se prend pour Jack Kerouac sur le visage de qui chacun met le masque qu’il souhaite. Mais Zanzerro ne s’intéresse pas à la Beat Generation et son fatras de conneries. Zanzerro ne veut même pas libérer Kerouac pris en otage par les imbéciles. Dans le désert, sois un ermite discret. Zanzerro sait l’infinie solitude des cimes. La solitude du cul sur la terre, du dos contre le tronc de l’arbre.

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