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24/02/2005

Le feu aux joues

jeudi 24 février 2005.
Aujourd’hui encore le feu me monte aux joues en y repensant. Baaji et sa boulangerie de poche, installée au portail de notre maison à Dakar. J’avais six ans, il était le gardien de mes jeux dans la poussière de la rue, au pied de sa boutique. Barbu comme un dieu grec, noir comme un combat de boxe, il était Baaji, il avait un œil sur moi, et dans son ombre j’étais sereine, je m’enivrais des odeurs de pains au lait, et je jure que ça me suffisait.
Jusqu’à ce qu’un jeune toubab de mon âge s’installe dans la maison voisine : il m’a tourné autour un moment, et je l’ai gentiment réduit en esclavage. Un jour il a élaboré un plan pervers pour m’épater. Sous un prétexte bidon, il a attiré Baaji hors de sa boulangerie, et nous nous y sommes glissés, pour plonger la main dans la boîte de fer qui lui servait de coffre-fort. Nous avons couru pour cacher notre butin loin de Baaji et de son œil bienveillant. C’était une pièce de 100 francs CFA, avec laquelle les enfants des officiers du Camp Claudel s’offraient un sachet de cacahuètes enrobées de sucre, en rentrant de l’école. Pour Baaji c’était un jour, peut-être deux, de nourriture pour lui et sa famille.
Le plus pathétique, c’est que cette pièce ne nous a jamais servi à nous acheter quoi que ce soit. Elle est restée la Pièce Volée, le sceau de notre malsaine complicité, que nous avons cachée dans un trou très profond, comme pour l’empêcher de parler. Je la sens encore, petit pointe douloureuse fichée au fond de mon cœur, et je donnerais n’importe quoi pour jouer encore à l’ombre de la barbe de Baaji, avant que le jeune blanc-bec ne débarque.

Commentaires

Ce soir je suis bourrée au St Emilion, mais pas assez encore et j'apprécie de plus en plus ces textes que tu nous livres ici. Plus je te lis et plus je me demande qui tu es, qui tu aimes, qui tu vois, où tu vis, où tu as vécu.... merci, tous mes amis alcooliques autour apprécient aussi.

Écrit par : Drass | 24/02/2005

Vivent les réunions éthyliques !!!!!!!! In vino veritas, merci mille fois, mais je ne suis rien de plus qu'une "blogxeuse", je suis comme vous tous, et moins que toi qui sais faire des splendeurs de verre de tes propres mains ! Le Saint Emilion c'est bon.

Écrit par : Fleur Dorcas | 25/02/2005

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