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18/02/2005

Le jour où j'ai rencontré Hemingway

Un jour, ou plutôt un soir, peut-être même une nuit, mais j’ai tout à coup l’impression que c’était en plein après-midi, peu importe, il suffit de savoir que j’étais dans un café baptisé « Le Hemingway », le cul haut-perché sur un tabouret de bar, et que je sirotais à la paille un merveilleux coktail que le type derrière le comptoir m’avait préparé.
Je ne sais jamais où donner des yeux lorsque je suis au « Hemingway », et si je dois être serveuse de bar un jour, ce sera au Hemingway ou nulle-part. Le décor joue l’effet cubain, intérieur bois, extérieur palmiers en pot pour délimiter la terrasse, store de bois foncé, fauteuils Club en osier, et la vingtaine de photos sous cadre (Ernest à la pêche, à la chasse, buveur, signant des autographes,…) achève de vous mettre en confiance.
Ce jour là, il y avait au comptoir, à quelques tabourets de moi, un homme qui carburait au Whisky. Il se faisait les yeux doux dans le miroir qui lui faisait face, et au pied duquel on avait aligné les bouteilles pour donner au client une idée de la vaste cave du Hemingway. Mais ce n’est pas lui, le personnage principal. Lui, il ne s’est pas quitté des yeux un seul instant, même pas lorsque le trio a fait son entrée dans le café.
Je suis restée bouche-bée devant cette apparition. Ernest Hemingway en personne, entourée de deux femmes de son âge ( c’était le Papa barbu de la fin des années cinquante ), s’installait dos à la vitre dans l’un des fauteuils d’osier. En short et en sandales ! Je l’ai mangé des yeux en oubliant les petites olives vertes farcies d’amandes que le serveur m’avait gracieusement servies. Hemingway était jovial, parlait fort, en anglais avec un fort accent américain.
J’ai savouré la vision en silence, alors que je voulais secouer le serveur et Jack Daniel’s en hurlant qu’ Hem’ était là, que c’était magique et que la vie était merveilleuse. Je ne savais pas très bien si Ernest se rendait compte qu’il était dans un café à son nom. Il a finit par se lever, il s’est déplacé pour régler l’addition au comptoir, le serveur était imperturbable, pas un sourire, pas un soupçon d’étonnement dans son regard. Il a juste salué Papa en lui rendant la monnaie. C’est en constatant qu’Ernest ne laissait qu’un euro de pourboire que j’ai compris mon erreur. Tout le monde sait qu’Hemingway laissait des pourboires mirobolants, ce gros type anglo-saxon était un vulgaire imposteur, et à bien y réfléchir, il n’était pas aussi beau qu’Hemingway en personne. J’ai fini mon coktail en lançant des œillades à la photo d’Ernest exhibant son plus gros poisson.

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