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16/02/2005

Le cercle magique de Muhammad Ali

Mercredi 16 février.
Quand Ali a-t il cessé de parler ? Quand le cercle magique – l’anneau, le ring, en anglais - a-t il commencé à laisser passer goutte à goutte les spermatozoïdes à grosse tête, et à flageole en guise de queue, cherchant la fusion avec le mythe ? Quand la crainte et le respect ont-ils cédé le pas à l’avidité et à l’effronterie ? Le Verbe est rentré en Ali, il se tait, ne s’agite plus, il sourit. Le cercle magique s’est réfugié en lui. Désormais, on ose s’approcher d’Ali, non parce qu’il ne cogne plus, mais parce qu’il ne parle plus.

Un acteur se fantasme adversaire du Greatest en esquissant face à lui, sur une scène lors d’une cérémonie à l’américaine, un gauche-droite de cinéma. Ali se tait. Sa dernière femme l’exhibe. L’acteur : « Dans son silence actuel, il est plus parlant encore que quand il tempêtait et s’emportait. » Gloire au non-Verbe, autrement dit. Vous n’étiez qu’un fanfaron. Il n’a pas compris, l’acteur, qu’Ali boxait aussi avec ses mots. Il ne sait pas, l’acteur, qu’il existe des joutes verbales plus sanglantes et plus violentes qu’un combat de lourds. Lorsque the Greatest volait comme un papillon piquait comme une guêpe, c’était face à un adversaire consentant, mais lorsqu’il ouvrait la bouche, il s’adressait au monde entier. Le plus magistral des punchs de Muhammad Ali (et de toute l’histoire de la boxe) n’est-il pas son « Aucun Vietnamien ne m’a traité de nègre » ? Pas un simple knock-down, mais un véritable knock-out pour les Etats-Unis. Ali a été le spécialiste du K-O cérébral. La sanction qui s’en suivit équivaut à une damnation : Ali – mais on s’acharnait à le nommer Clay – interdit de boxe. On ne s’attendait pas à le voir resurgir de l’Enfer.

Contre Henry Cooper en 1963 « cinquante-cinq mille personnes et Cléopâtre sont venues assister au combat de cet insolent de Louisville », mais le 8 mars 1971 au Madison Square Garden, c’est Miles Davis himself que l’on aperçoit parmi les spectateurs du combat Ali-Frazier. Le 12 février 1964, 13 jours exactement avant la victoire du torero Ali sur Sonny Liston, Miles Davis participait à New-York à un concert pour l’inscription des Noirs sur les listes électorales.

« Il aurait pu être un excellent acteur improvisateur. » Non. Ali est un joueur, et seuls les acteurs prennent leur rôle tellement au sérieux. Ali s’amuse et se joue de tous. Seuls les acteurs veulent incarner un personnage, et s’échinent à faire croire qu’il existe. Un leader politique ? Ali boxe et trompette contre la mort sur un ring magique. Le boxeur ne voit ni n’entend le public.

Un groupe de fans pleurnichent dans un coin : Ali a reçu trop de coups, Ali est malade. « Si vous aviez su les conséquences d’une vie de boxeur, l’auriez-vous choisie ? » N’aurait-il pas mieux valu épargner une putain de petite routine pour être sûr d’avoir toujours cette putain de petite routine à l’âge de la retraite ? Ne valait-il pas mieux ne pas vivre entre vingt et quarante ans pour être sûr d’être toujours en vie à soixante ans ? Ne valait-il pas mieux ne pas être Ali ?

« Je ne regrette rien. » Eux, le souffle coupé, comme par un sacré punch de Dieu.

11:55 Publié dans Boxe | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Ali is The Greatest !

Écrit par : Don Diego | 16/02/2005

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